
La Meinau, forteresse alsacienne
Le Stade de La Meinau était devenu une forteresse imprenable depuis le début de l'automne. En dix rencontres, Strasbourg a empoché sept succès et a partagé les points avec Sochaux (0-0), St-Etienne (1-1) et Monaco (0-0). Cependant, le Racing est bien moins féroce à l'extérieur, où il ne s'est toujours pas imposé. «C'est énervant, car on est capables de développer du jeu à domicile, estime Jacky Duguépéroux. Chez nous, on possède un fort sentiment de confiance et on peut s'appuyer sur une dynamique bien différente de celle que nous avons à l'extérieur où les joueurs se disent : « On est mauvais, on ne peut pas y arriver» . Alors en général, ils sont moins conquérants dans la récupération du ballon, ils font moins d'efforts en matière de replacement et commettent chacun à leur tour des petites fautes d'attention. Ils n'ont pas la même rigueur, ni la même intransigeance. » Johansen reconnaît ses égarements intempestifs. «Pourtant, le coach insiste pour qu'on soit bien concentrés et pour qu'on ne fasse pas d'erreurs. Mais on les commet,» confesse le joueur prêté par l'OM.
Le Racing de Strasbourg a connu une semaine de gala lors des deux derniers matchs avec les réceptions de Monaco en match en retard et de Lyon. Revigorés par le point obtenu au stade du Ray face à Nice (0-0), les Alsaciens ont livré comme à leurs habitudes sur leurs terres une prestation de haut niveau face aux Monégasques pour finalement obtenir un match nul (0-0). «Le soir du match, j'ai visionné la cassette, dit l'entraîneur strasbourgeois. A chaud, j'estimais que nous avions pris un bon point. Mais quand je revois les trois occasions de Niang et celle de Farnerud, il y a de quoi s'en mordre les doigts.» Deux points qu'ont laissé s'envoler les Strasbourgeois, mais d'un autre côté, la citadelle de La Meinau restait imprenable après ce match.
Invincibilité compromise trois jours après ! Ce n'est rien d'autre que le leader lyonnais qui est venu terrasser Strasbourg (0-1). Score qui aurait pu être bien plus large si le portier alsacien, Stéphane Cassard, n'avait pas accompli des prouesses. «Ils nous ont fait déjouer, reconnaît Pascal Johansen. Mais, je crois qu'il était impossible de rivaliser avec cette équipe-là. C'est la meilleure formation du championnat. Par rapport à son état de forme, elle est au-dessus de tout le monde en ce moment.» Le coach remplaçant de Kombouaré corrobore son milieu de terrain : «on ne méritait pas mieux. Dans la récupération du ballon et dans son utilisation, nous n'avons pas été au niveau. Face à une équipe du calibre de Lyon, c'est sûr que l'on est punis.» L'invincibilité à domicile n'est plus mais l'encadrement se refuse à baisser les bras. «Je ne suis pas inquiet outre mesure, conclut Duguépéroux. Même si notre série d'invincibilité a pris fin (13 matches sans défaite depuis le 23 octobre), on ne va pas tout remettre en cause à cause d'une défaite. S'il y a un avantage dans notre situation, c'est que tout le monde va rester sous pression jusqu'au bout.»
La Ligue des Strasbourgeois extraordinaires
En lutte pour le maintien en championnat, les Strasbourgeois peuvent cependant accéder à l'Europe. En effet, le Racing jouera le 30 avril prochain contre Caen la deuxième finale de son histoire en Coupe de la Ligue après celle remportée face à Bordeaux en 1997. Après un parcours convaincant et les éliminations de Lille et St-Etienne notamment, les Alsaciens ne sont donc plus qu'à 90 mn de l'UEFA. Pourtant point d'euphorie, la priorité reste le maintien. Et plus tôt cette ambition minimaliste sera assouvie, plus vite les esprits seront tournés vers le voyage au stade de France. «Car je ne m'imagine pas fêter un éventuel succès en coupe de la ligue cinq jours avant un rendez vous à Sochaux (35ème journée) qui serait crucial pour le maintien en Ligue 1, affirme le coach strasbourgeois. J'espère au moins que nous serons libérés au moment de disputer cette finale.»
Cela ferait en effet désordre si une nouvelle fois une équipe de Ligue 2 venait à participer à l'UEFA. Ayant déjà vécu pareille aventure, le milieu de terrain strasbourgeois, Pascal Johansen, ne souhaite pas revivre une telle situation : «jouer la coupe d'Europe tout en étant en L2 ? Ce n'est pas le top ! J'ai déjà connu ça avec Strasbourg : on avait gagné la Coupe de France (2001), avant de descendre et de disputer deux petits matchs contre le Standart de Liège. La priorité, c'est donc le maintien. Si on s'en sort après le début difficile qu'on a connu, on sera mentalement plus forts la saison prochaine» . Néanmoins une qualification en coupe d'Europe pourrait faire du bien au Racing, surtout d'un point de vue financier. «Ce serait une bonne chose, en particulièrement financièrement, parce que le club en a besoin, avoue Bassila. Maintenant avant de penser à ça, on sait que l'objectif principal demeure le maintien» .
Tout le monde s'accorde donc à souligner le fait que le maintien est l'objectif majeur des Alsaciens et que nul autre élément ne doit venir les détourner du droit chemin. «La finale de la Coupe de la Ligue ne doit pas nous accaparer l'esprit, reconnaît Mamadou Niang. C'est plutôt un encouragement à croire en nous. Elle nous apporte un confort moral supplémentaire. Mais on veut s'en rapprocher l'esprit libre et le maintien en poche» . Cependant uniquement le fait de participer à cette finale est un vrai bol d'air pour le Racing. En effet, il faut savoir que le jeu de Strasbourg est parfois très, voir trop, stéréotypé. Strasbourg s'appuie invariablement sur les couloirs pour développer ses attaques. Les Internationaux ivoirien Arthur Boka et algérien, Salim Arrache animent le flanc gauche, tandis que qu'Yves Deroff et le Marocain Yacine Abdessadki occupent le flanc droit. Cette dépendance des couloirs fait souvent défaut aux Alsaciens : leur jeu trop prévisible détériore la plupart de leurs attaques.
Une ossature en devenir
Après des débuts sur la pointe des pieds, l'ancien Sochalien Michael Pagis a retrouvé un parfait équilibre. Meilleur buteur du club (avec douze réalisations), Pagis a été l'homme orchestre de la révolte alsacienne après ce début de championnat difficile. Cependant, blessé depuis cinq matchs, cet avant centre type manque cruellement au Racing. D'autant plus que sa période convalescence n'en finit plus : son retour, prévu à Gundershoffen, en amical contre Karlsruhe, risque encore d'être différé. L'ancien coéquipier de Santos ne cache toutefois pas sa satisfaction concernant son intégration sous le maillot ciel et blanc : «je suis content d'être en tête au classement des buteurs, mais ce qui m'importe c'est de sortir le club de la position où nous l'avons placé» .
Autre satisfaction, celle de l'intégration de toute cette génération de jeunes joueurs nés après 1980 (Abdessaki, Boka, Haggui, Farnerud, Arrache, Lacour, Mouloungui, Mphela). Parmi cette pléthore de jeunes, Yacine Abdessadki est le parfait ambassadeur. Pourtant ses débuts ont été difficiles sous les couleurs alsaciennes. Lancé dans le bain de l'équipe pro le 10 janvier 1999, Abdessadki avait connu des débuts très délicats avec cette élimination (1-4) contre Troyes en Coupe de la Ligue. Le déclic est venu que quatre ans plus tard lors de son prêt à Grenoble. Sur les bords de l'Isère, le milieu de terrain a pu montrer l'étendue de son talent. Cette année, tout semble lui réussir. Décalé sur le flanc droit par Jacky Duguépéroux pour les besoins de la cause collective, Abdessadki s'est même découvert des qualités de buteur. Infatigable battant, élégant technicien, ratisseur de tous les instants, l'Alsacien compte déjà cinq buts à son compteur.
Le Racing n'a qu'une idée en tête : le maintien. Après des débuts délicats, Strasbourg va mieux surtout grâce à ses résultats à la maison. Loin d'espérer l'UEFA, les joueurs aimeraient surtout rester une saison de plus parmi l'élite pour réaliser de belles choses. Et si l'on croit Pascal Johansen : «s'il y a une équipe en devenir, c'est bien le Racing !»