
Une attaque de feu...
Plutôt que de bouleverser l'effectif, comme il l'avait fait les saisons précédentes, le président lensois Gervais Martel a cette fois misé sur la continuité. Seuls deux nouveaux noms apparaissent dans l'équipe-type de Francis Gillot par rapport à l'an dernier : Demont, au poste d'arrière droit, venu d'Ajaccio pour pallier au retour de Cubilier à Monaco, et Aruna, en attaque, transfuge d'Anderlecht (L1 belge). On pourrait également évoquer le remplacement de Nicolas Gillet par Adama Coulibaly en défense centrale, mais il ne s'agit pas d'un réel bouleversement, le Malien évoluant à Lens depuis 1999. Les Cousin, Carrière et autres Gillet, s'ils n'ont pas donné pleine satisfaction en 2004-2005, sont tout de même restés. Conséquence logique, l'entraîneur Francis Gillot jouit d'un effectif riche et compétitif, notamment en attaque : les places sont chères entre Aruna, Jussiê, Cousin ou Jemaa, voire Thomert (qui a plus l'habitude d'évoluer côté gauche).
Cette concurrence porte ses fruits : tous les joueurs sont sous pression et brillent dès que l'occasion leur en est donnée. Face à Auxerre, lors de la 4ème journée (7-0), l'ancien Manceau Daniel Cousin, auteur d'un doublé, a signé sa meilleure performance depuis son arrivée à Bollaert. Dire que durant la semaine précédant la rencontre, l'attaquant gabonais avait plusieurs fois évoqué son départ, stigmatisant le manque de confiance du coach à son égard ! Les attaquants lensois bénéficient en outre des talents de passeur de Jérôme Leroy (3 passes décisives) ou Jussiê (qui en compte 4). Les statistiques traduisent une efficacité impressionnante : meilleure attaque de L1 avec 11 buts, huit buteurs différents, trois attaquants à deux buts (Cousin, Thomert, Jussiê), et quelques scores de baby-foot : 4-0 contre les Allemands de Wolfsburg en Coupe Intertoto et 7-0 contre l'AJA.
...et une défense solide
Le RC Lens version 2005-2006 n'est pas seulement soumise au rendement, forcément aléatoire, de ses attaquants. Cette saison, et c'est sans doute ce qui fait toute la différence avec la précédente, l'arrière-garde veille au grain. Itandje n'a encaissé que trois buts en ce début de championnat, dont deux lors de la première journée face à Nantes (2-0). Ce soir-là, comme par hasard, le Brésilien Vitorino Hilton était absent. Depuis son retour, seul le Nancéen Mosef Zerka est parvenu à tromper le portier Sang et Or. L'an dernier, deux rencontres symbolisaient à merveille la naïveté de l'équipe : à Auxerre, alors qu'ils s'étaient créés nombre d'occasions, Carrière et les siens avaient essuyé un cruel revers (3-0). Et à Bollaert, face à un PSG au plus mal, les Lensois avaient certes marqué deux buts, mais après en avoir encaissé autant ! Cette saison, l'équipe pas de calaisienne semble à l'abri de ce genre de scénario.
A y voir de plus près, il n'est pas usurpé de dire que Francis Gillot continue d'appliquer les théories offensives de son prédécesseur Joël Muller. La différence se situe davantage dans les moyens mis à disposition du technicien maubeugeois pour les mettre en oeuvre. En cas d'absence ou de méforme d'un de ses attaquants, les solutions de rechange sont de niveau équivalent. Jussiê et Aruna, recrutés respectivement au mercato d'hiver puis cet été, ont dynamité un secteur offensif où régnaient l'an dernier des joueurs aux profils semblables (Bakari, Cousin, Thomert...). Et en défense, le seul fait de se passer de Nicolas Gillet ou de Yoann Lachor suffit à démontrer la qualité du banc de touche. Les milieux de terrains défensifs assurent également une part de travail conséquente, à l'image d'Alou Diarra qui, après un mauvais début d'exercice, retrouve un niveau digne de son statut d'international.
Hilton-Jussiê ou le Brésil à Félix Bollaert
Francis Gillot a ainsi mis sur pied une équipe parfaitement équilibrée. Dans son onze-type, cinq joueurs sont dévolus aux tâches défensives (les quatre défenseurs et Diarra), cinq aux tâches offensives (Deux attaquants, deux milieux excentrés et Keita, qui apporte une touche technique dans l'entrejeu). Deux joueurs symbolisent mieux que les autres ce RC Lens nouveau. Le premier, Vitorino Hilton, est tout simplement en train de devenir l'un des meilleurs défenseurs centraux de L1, en concurrence directe avec Cris le Lyonnais, Yepes le Parisien ou Squillaci le Monégasque. L'an dernier déjà, sa venue en provenance de Bastia avait fait du bien à la défense Sang et Or. Mais une blessure contractée durant l'hiver ne lui avait pas permis de terminer la saison aussi bien qu'il l'avait débutée. Les vacances sont passées par là et depuis, Hilton, qui fêtera ses 28 ans le 13 septembre, ne laisse plus aucun espace aux attaquants adverses. Son jeu de tête lui permet également de se distinguer aux avants-postes. C'est lui qui avait offert à son club la victoire contre l'OM lors de la 2ème journée (2-0).
Un autre Brésilien fait des étincelles en ce moment : l'attaquant Jussiê, qui aura 22 ans quelques jours après son compatriote. Recruté lors du mercato, l'ancien joueur du Cruzeiro peinait l'an passé à exister au coeur d'un secteur offensif. Mais ses progrès, peu à peu entrevus, ont été largement confirmés depuis le mois de juillet. Meilleur passeur de Ligue 1, avec quatre services en or pour ses coéquipiers, Jussiê a également signé un doublé lors du festival lensois face à Auxerre. A lui seul, cet homme vaut six buts en cinq journées. Sa technique et la qualité de ses coups de pied ont permis de varier le jeu de l'équipe et ont déchargé Jérôme Leroy d'un rôle de dernier passeur qu'il était seul à assumer l'an dernier. S'il continue à ce rythme, Jussiê pourrait bien s'affirmer comme l'une des grandes révélations de la saison.
Des recrues qui apportent un plus, un banc fourni et de qualité, Lens a toutes les cartes en main pour réussir une belle saison. Une réussite qui, si elle se confirmait, devrait beaucoup à l'entraîneur Francis Gillot : celui-ci privilégie le jeu offensif et sait se faire discret, tout en gérant à merveille la concurrence qui règne dans son effectif.