
Des trajectoires opposées
Venu du Grasshopper Zürich en 2002, Benjani est le plus ancien des trois Auxerrois. Le Zimbabwéen a très vite fait parler de lui : juste après son arrivée, une blessure de Djibril Cissé lui avait offert sept titularisations d'affilée. Bilan : 7 buts ! Le retour de l'actuel joueur de Liverpool le repoussera sur le banc, Guy Roux se refusant à associer ses deux flèches. Qu'importe, la réputation de Benjani est faite. L'année suivante sera moins rose : gravement blessé, le joueur ne dispute que trois matches dans la saison. Plus que la blessure elle-même, ce sont les conséquences qu'elle a engendrées sur le mental du joueur qui ont fait dire à certains qu'on ne le reverrait plus sur une pelouse : le Zimbabwéen, paraît-il, n'osait même plus frapper dans un ballon ! Et puis, l'an dernier, le joueur de 27 ans est revenu et a disputé sa première saison dans la peau d'un titulaire, pour un total de 11 buts en 31 rencontres. Annoncé à Lyon cet été, il est resté in extremis, ce qui explique peut-être son début de saison moyen.
Drôle de situation que celle de Luigi Pieroni : recruté la saison dernière après avoir marqué 28 buts en 30 matches avec Mouscron (L1 belge) en 2003/2004, le joueur n'a jamais vraiment accédé au rang de titulaire. Pourtant, il a rarement déçu. A chaque fois, ou presque, que Guy Roux a fait appel à lui, l'attaquant de 25 ans a marqué. Son sens du but, son flair et son jeu complet en font l'un seuls spécialistes du poste d'avant-centre en Ligue 1. Mais quand on a devant soi Benjani ou Kalou, difficile de faire son trou... Pendant un an, Pieroni va donc prendre son mal en patience, devenant le joker de luxe de l'AJA. Le départ de Kalou au PSG semblait lui garantir une place dans le onze de Jacques Santini. C'était avant que Peguy Luyindula ne débarque...
Le parcours de Peguy Luyindula n'est pas très stable depuis un an et demi. Vendu par Lyon à l'OM durant l'été 2004, à la surprise générale, l'international va effectuer une première saison mitigée du côté de la Canebière, avec tout de même 10 buts à son actif. L'arrivée de Jean Fernandez à Marseille à l'intersaison ne va rien changer : Luyindula marque peu, se sent mal utilisé et doit souvent encaisser les sifflets du Stade Vélodrome. Au fil du mois d'août, le divorce devient inéluctable. Reste à trouver une destination à l'ex-Strasbourgeois. Auxerre, flairant le bon coup, se jette sur l'occasion. Et dès la 4ème journée, après deux matches disputés avec l'OM, Luyindula endosse le maillot bourguignon. Faux départ : sa nouvelle équipe s'incline 7-0 à Lens. La suite, heureusement, sera meilleure.
A la recherche du meilleur duo...
Jacques Santini a pour habitude d'aligner deux joueurs sur le front de l'attaque. Avec trois attaquants, Luyindula devrait reculer en «neuf et demi» , voire en ailier, deux postes qui ne sont pas les siens. Impensable pour un joueur qui se félicite d'avoir «trouvé à Auxerre une façon de jouer qui me convient mieux. Je joue plus par rapport à mes capacités.» Pieroni fut le premier des trois attaquants à connaître les joies d'une titularisation, aux côtés d'Akalé, lors de la 1ère journée de L1. Le Belge a même marqué deux des trois premiers buts de son équipe cette saison. Hélas, depuis, son compteur stagne. Benjani a pris place dans le onze titulaire dès la 2ème journée pour une victoire à Monaco (2-0). Jusqu'à la 4ème journée, le duo Benjani-Pieroni aura ainsi les faveurs de Jacques Santini. Avec réussite contre Bordeaux (succès 1-0, but du Belge), sans résultats à Lens (le fameux 7-0). Et puis Luyindula est arrivé...
Dès le week-end suivant, le nouveau venu est aligné aux côtés de Benjani. Des débuts difficiles : l'AJA perd encore deux matches face à Lyon (0-2) et à Rennes (1-3). La blessure de Benjani avant le match à Ajaccio (7ème journée) va permettre à l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de tester la paire Luyindula-Pieroni, pour un résultat mitigé : Si Auxerre gagne et que Peguy se met à marquer (contre l'ACA et Sochaux), Luigi reste muet. De retour pour la rencontre à Toulouse, le Zimbabwéen reprend donc ses droits. Depuis, le duo qu'il forme avec Luyindula est la solution privilégiée par Santini. Les profils des deux joueurs se complètent bien : Benjani parvient grâce à sa technique et sa couverture de balle à conserver le ballon. Luyindula, plus explosif, amène de la vitesse au jeu bourguignon. Pieroni, buteur dans l'âme, a besoin d'un soutien qui joue pour lui. Benjani et Luyindula sont plus que des deuxièmes attaquants, et leur qualité technique les autorise à jouer «pour eux» . Un profil qui ne sied pas à l'ancien buteur de Mouscron.
D'autres prétendants
Ainsi, à l'heure actuelle, Luyindula et Benjani ont une longueur d'avance sur Luigi Pieroni. Mais si Luyindula est vite devenu indispensable en inscrivant quatre buts durant les cinq derniers matches (l'équipe de France lui a même rouvert ses portes), Benjani ne pèse pas vraiment sur le jeu. Contre Troyes samedi dernier l'ancien joueur du Grasshopper n'a marqué que son tout premier but cette année. A ce rythme-là, pas sûr qu'il conserve longtemps son avance sur l'international belge. Derrière les trois larrons, d'autres joueurs frappent à la porte de l'équipe-type.
C'est le cas de l'Ivoirien Kanga Akalé, milieu gauche de métier que Santini a plusieurs fois recadré dans l'axe. Toutefois, le joueur de 24 ans fait un début de championnat décevant. Le jeune Romain Poyet, 24 ans, a quant à lui fait preuve à chaque fois qu'il a joué d'une certaine audace et de beaucoup d'envie. Voilà les quatre attaquants auxerrois ayant le plus de chances de débuter les rencontres de L1. Cela peut paraître peu, mais pendant que Rennes, Lens et Monaco perdent en UEFA, et que l'OM et Strasbourg gagnent, les coéquipiers de Philippe Violeau, eux, sont devant leur poste de télévision. La faute à une élimination face au Levski Sofia (2-1 ; 0-1) fin septembre. Mais en championnat, ils ne seront pas de trop pour aider le club à conserver une place parmi les cinq premiers...
L'AJA a la chance de disposer dans son effectif trois attaquants de qualité. Au prix d'une gestion impeccable de la concurrence, Jacques Santini ayant donné sa chance aux trois joueurs dans des proportions égales, Benjani et surtout Peguy Luyindula ont pris de l'avance sur Luigi Pieroni. A lui d'inverser les rôles...