
Un 7-0 dur à porter
Difficile d'évaluer les conséquences du festival lensois face à Auxerre le 20 août dernier à l'occasion de la 4ème journée. Ce soir-là, à Felix Bollaert, les coéquipiers de Charles Itandje passent 7 buts aux Bourguignons sans en encaisser un seul. Daniel Cousin, critiqué lors de sa première saison au club, renaît en inscrivant un doublé. Olivier Thomert et Jussiê en font autant. Le Brésilien ajoute même trois passes décisives à sa prestation personnelle, contre deux pour Jérôme Leroy. A l'issue du match, le capitaine des Sang et Or déclare d'ailleurs qu' «un succès comme celui de ce soir ne peut faire que du bien» . Doit-on le croire ? Le triomphe sur l'AJA a pourtant marqué le début du creux lensois. Un excès de confiance, une attaque surestimée et la crainte excessive des adversaires y sont sans doute pour quelque chose.
Si, à l'aube de la 14ème journée, l'attaque du club est toujours la deuxième du championnat, elle ne le doit qu'au 7-0. Depuis, elle a inscrit 7 buts, encore, mais en huit matches... Le jeu offensif ronronnant montré lors des déplacements à Monaco (0-0, 5ème journée) et à Strasbourg (1-1, 7ème journée), deux équipes pourtant fragiles, accréditent la thèse d'une équipe tombée dans la facilité. Le nul concédé face à Bordeaux (1-1, 6ème journée), qui possède actuellement la meilleure défense de L1, va quant à lui rappeler aux joueurs de Gillot que la défense auxerroise, le soir du 20 août, n'était peut-être pas un bon étalon. Enfin, le 0-0 à Bollaert contre Rennes, venu défendre, constitue le revers de la médaille Sang et Or. Les visiteurs ne veulent plus servir de victimes expiatoires. Aux Lensois de percer les murs... Et lorsqu'en plus le manque d'efficacité refait surface, comme à Troyes (un penalty raté et des occasions vendangées), on n'est plus très loin du Racing de l'an dernier.
Lens réagit au lieu d'agir
Les sept matches nuls consécutifs des Sang et Or s'expliquent également par les «trous» que connaît l'équipe au cours d'un même match. La rencontre face à Nice (2-2), pour le compte de la 11ème journée, symbolise cette inconstance : Jérôme Leroy et les siens vont alterner le très bon (deux buts en dix minutes au retour des vestiaires) et le très mauvais (une première mi-temps insignifiante, une fin de rencontre à l'agonie). Et voilà comment, en ayant réussi à renverser le score, ils ont dû se contenter du partage des points. Un scénario qui avait fait dire à l'entraîneur Francis Gillot : «Mon équipe n'a joué que 45 minutes.» Ce manque de continuité pendant une heure et demi pénalise le club. C'est d'autant plus dommage que le Racing paraît capable de marquer quand bon lui semble, en se donnant simplement la peine d'appuyer sur l'accélérateur. L'égalisation face aux Girondins ou le retournement de situation contre Nice en sont les meilleures illustrations.
Autre chiffre évocateur : sur ses sept matches nuls, Lens a mené au score quatre fois. A Strasbourg, à Troyes, contre Nice donc, et même à Gerland ! Les Artésiens sont les seuls en France à marquer autant en première mi-temps. Mais plutôt que d'enfoncer le clou, ils se contentent de défendre leur avantage. Une préoccupation contre-nature pour cette équipe naturellement portée vers l'offensive, et le meilleur moyen de se déconcentrer. Bref, les fins de matches sont difficiles et se soldent souvent par une égalisation. Quand la défense craque un peu, l'attaque prend les choses en main. Et lorsque l'avantage est acquis, cela semble suffire au bonheur de l'équipe. Ainsi, le rendement offensif répond avec une parfaite symétrie au nombre de buts encaissés. Match nul.
Et maintenant ?
Samedi dernier, les Sang et Or ont enregistré leur première victoire depuis deux mois. Trois points qui leur permettent de repasser dans la première moitié du classement, de la 11ème à la 8ème place. Suffisant pour se relancer ? Après avoir ouvert la marque par l'intermédiaire de Daniel Cousin, les hommes de Francis Gillot ont en tous cas eu le mérite de tenir et de ne pas se faire rattraper. Enfin ! Eric Carrière, de retour dans le onze de départ de son entraîneur, ne cachait pas sa satisfaction : «Nous avons su conserver le résultat jusqu'au bout. C'est un soulagement.»
Autre raison d'espérer, l'invincibilité du club. En effet, en dépit de leur surplace, les Artésiens n'ont plus perdu depuis la 1ère journée du championnat, à Nantes (2-0). Gillot peut au moins se baser sur une solide assise défensive (avec 9 buts pris, c'est l'une des trois plus hermétiques de L1), qui a garanti au moins un point à son équipe lorsque celle-ci ne parvenait pas à marquer. Le dernier chantier consiste à retrouver une efficacité offensive, car même face à Toulouse, Lens aurait pu se mettre à l'abri bien avant le coup de sifflet final. Un pas en avant a visiblement été réalisé dans ce domaine, puisqu'en Coupe UEFA, les Sang et Or ont battu hier soir les Suédois du Halmstads BK, une équipe certes modeste, sur le score de 5 buts à 0.
Le carnage face à Auxerre, les carences offensives lensoises et le manque de constance de l'équipe n'expliquent pas tout : une aussi longue série de matches nuls est forcément un peu irrationnelle. Après le succès sur Toulouse, les Artésiens respirent mais ne peuvent que constater les dégâts : les sept points pris en presque deux mois leur ont fait perdre neuf places.