
Un hiver rude
L'année 2005 s'était terminée en fanfare pour les joueurs de la Principauté. Entre l'arrivée de Guidolin à la mi-octobre, juste avant la rencontre à Metz, et la fin du mois de décembre, ils avaient en effet obtenu cinq succès, pour deux matches nuls et deux de défaites. Un bilan comptable largement positif auquel s'ajoutent une invincibilité retrouvée à domicile (cinq victoires en autant de rencontres) et une attaque à nouveau performante (12 buts en 9 matches contre 7 buts inscrits lors des dix premières journées). Cette bonne passe avait permis aux coéquipiers de Gaël Givet de se hisser à la cinquième place à mi-championnat, un résultat inespéré compte tenu de leur début de saison très décevant. Beaucoup d'amateurs de la Ligue 1 ont alors dû penser que l'ASM jouerait les trouble-fêtes parmi les poursuivants de Lyon durant la suite de la saison, au point peut-être de réduire l'écart avec les Gones, à défaut de les rattraper.
Un pronostic d'autant plus crédible que les recruteurs de Monaco ont réussi quelques coups remarquables durant le mois de janvier. Les deux attaquant italiens Christian Vieri (32 ans) et Marco Di Vaio (29 ans) ont débarqué en provenance du Milan AC et de Valence. Adebayor a rejoint Arsenal, Maoulida joue maintenant à l'OM, Sorlin à Rennes. Manuel Dos Santos a quant à lui pallié le départ de Patrice Evra à Manchester United. Hélas, les résultats espérés ne sont pas venus : depuis la reprise, l'équipe du Rocher compte trois défaites, trois nuls et seulement une victoire, à Rennes (1-3), contre un adversaire alors au plus bas. Pire, elle ne gagne plus à domicile : Bordeaux, autre candidat aux premières places, y a pris les trois points (1-0) tandis que les «petits» Troyes et Strasbourg y ont décroché le match nul (1-1). Ce sont surtout les adversaires directs de l'ASM qui lui prennent des points (Bordeaux donc, mais aussi Auxerre, vainqueur 2-1 à l'Abbé Deschamps). Conséquence, les Monégasques occupent désormais la 11ème place.
Marquer un but ne suffit pas
Monaco, à qui il manque un match à jouer contre Lyon, a marqué en moyenne un but par match depuis le retour de la trêve. Un chiffre plutôt faible pour une équipe qui aligne sans doute la paire d'attaquants la plus réputée du championnat de France soutenue par des milieux offensifs internationaux (Kapo, Meriem, Plasil...). En dépit d'une condition physique à parfaire, Vieri a déjà fait parler son instinct de buteur en inscrivant un beau doublé à Rennes et un autre but, bien plus facile, face à Troyes. Son compatriote Marco Di Vaio paraît en manque de confiance malgré un but marqué dès son premier match sous le maillot des Rouge et Blanc, à Auxerre : il se procure des occasions, réalise quelques gestes de classe, mais ne les concrétise pas, à l'image de son penalty raté à Troyes. Camel Meriem et Olivier Kapo ont quant à eux disparu de l'équipe-type de l'ancien coach de Palerme : le premier ne pèse pas assez sur le jeu et le second, au rendement insuffisant, est en conflit avec ses dirigeants et réfléchit déjà à sa prochaine destination.
Au-delà de ces quelques défaillances individuelles, c'est toute l'équipe qui est en cause dès qu'il s'agit de garder un score. A Auxerre (20ème journée), Monaco menait et a perdu (2-1). Face à Strasbourg (21ème j.), Monaco menait grâce à Kapo avant de se faire rejoindre une minute plus tard. Contre Lens, à Bollaert (23ème j.), Gakpé avait ouvert le score mais Gillet a égalisé. Contre Troyes, Monaco a eu l'avantage pendant 40 minutes mais a dû se contenter du partage des points. Commentaire de Guidolin ce soir-là : «Nous avions le match en main, en ayant la possibilité de le tuer sur penalty et d'autres occasions.» Di Vaio renchérit : «Nous aurions pu tranquillement mener 2 ou 3 à 0. Nous avons fait un bon match mais nous avons été malchanceux sur nos opportunités. Nous n'avons pas su les concrétiser.» La première mi-temps du dernier match à Nice (défaite 2-0) constitue une nouvelle démonstration du manque de réussite de l'ASM. Monaco a besoin de réalisme, de concentration et de constance s'il ne veut pas se faire remonter à chaque fois.
A Monaco, c'est déjà demain
Les dirigeants monégasques auraient-ils eu le tort de reconstruire une nouvelle équipe dès la mi-saison, lorsque toutes les autres ont acquis leurs repères ? En plus des nouveaux-venus, Guidolin a promu dans son équipe-type des joueurs qui, en 2005, faisaient la plupart du temps banquette. C'est le cas de Diego Perez, qui a connu ses cinq titularisations en championnat en 2006, ou de Jaroslav Plasil, titulaire depuis quatre rencontres. Depuis sa prise de fonction, le technicien italien a en outre procédé à l'intégration des jeunes Olivier Veigneau (21 ans, buteur à Rennes), Serge Gakpé (18 ans, auteur d'un but à Lens) ou Nicolas Maurice-Bellay (20 ans). Sans remettre en cause la qualité individuelle de ces joueurs, la nouvelle chance que leur a donnée Guidolin implique forcément une réorganisation de l'équipe. Celle-ci se situe encore dans une phase de construction. Les résultats viendront plus tard, peut-être seulement l'année prochaine.
Mais avant, il y a la Coupe UEFA, la dernière possibilité réelle pour le club de s'illustrer cette saison. Battus par les Suisses du FC Bâle il y a une semaine (1-0), les Rouge et Blanc auront à coeur, dès ce soir, de refaire leur retard. Une qualification et la confiance monégasque, cruellement mise à défaut actuellement, s'en trouverait décuplée. «Ce serait une bouffée d'oxygène compte tenu de nos difficultés en championnat» confirme Gaël Givet. «Cela nous ferait du bien mentalement en nous redonnant de la confiance.» Guidolin traite le problème dans l'autre sens : «Les résultats font la confiance, nous avons besoin de faire un résultat. Ce n'est pas une question de chance ou de malchance. Nous devons d'abord bien nous appliquer et bien nous concentrer dans notre travail.» Les Monégasques ont la recette, ne reste plus qu'à l'appliquer...
Beaucoup de départs, des recrues de renom, des jeunes du centre de formation... L'équipe de Monaco version 2006 a un tout autre visage que celle de 2005. Une façon pour l'entraîneur Francesco Guidolin de marquer son territoire, mais une politique risquée pour le club : une équipe compétitive ne se construit pas en un jour...