
En acceptant de replonger dans le bain marseillais, un paysage qu'il a toujours affectionné et côtoyé, d'abord en tant que joueur (1975-1980) puis ensuite une première fois en tant qu'entraîneur (juillet-novembre 92), Jean Fernandez s'attaquait l'été dernier à un gros challenge : redorer le blason d'un des gros de notre championnat, assurément l'un des clubs les plus populaires aux yeux du monde du ballon rond.
Faux départ
D'entrée de jeu, Jean Fernandez avait prévenu ses hommes : la Coupe Intertoto laisserait des traces. Septième à l'issue de la saison 2004/2005, les Phocéens étaient donc reversés dans la section européenne de rattrapage avec pour objectif de disputer la coupe UEFA. Cette même épreuve, fustigée par l'ancien président Christophe Bouchet – «soit on a une ambition mesurée en championnat et on mise tout sur l'Intertoto et l'UEFA, soit on ne la joue pas et on veut finir dans les trois premiers» - voyait l'OM, toujours brillant sur la scène européenne, écrire de nouvelles lignes, glorieuses bien évidemment, à son cahier d'or européen. Entrés au troisième tour de la compétition – contrairement à Saint-Etienne et à Lens en lice dès la deuxième levée -, les Olympiens prenaient la mesure de l'épreuve face aux Young Boys de Berne (2-3, 1-2). La suite avait de quoi faire miroiter les pupilles des supporters du Vélodrome : en demi-finale aller, l'OM faisait plier la Lazio (3-0), assurant le coup ensuite au Stadio Olimpico (1-1). L'apothéose fut atteinte en finale, avec un probant 5-1 au Vél face au Deportivo La Corogne, le revers au Riazor (0-2) n'étant plus qu'accessoire.
Mais cette campagne européenne n'était qu'un feu de paille. Si l'OM flambait tous les jeudis soir, le week-end suivant, la donne était complètement différente. Les Phocéens entamaient le championnat par une défaite à la maison, devant Bordeaux (0-2) avant de perdre pied à Lens (2-0). Capables de tenir tête au futur quintuple champion de France lyonnais (1-1), les hommes de Jean Fernandez sombraient à nouveau sur la pelouse de Rennes (3-2) lors d'une rencontre où les Olympiens menèrent deux fois à la marque, avant de toucher le fond en sauvant les meubles devant Ajaccio (1-1). Au bord de la crise – Jean Fernandez commençait à voir son crédit fondre comme neige au soleil -, c'est finalement à Sochaux (0-1) que Marseille entamait véritablement son championnat. Défait trois fois lors des quatre premières journées, l'OM finissait la phase aller avec seulement trois revers de plus (dont un sévère 3-0 au Mans) et à la place qui était la sienne à la fin de la saison précédente, la septième.
Une phase retour menée grand train
Vainqueur d'adversaires directs à une place en Ligue des Champions – objectif avoué du club en début de saison – tels que Paris (1-0, 11e journée), Monaco (2-1, 16e journée), et Auxerre (1-0, 18e journée), l'OM venait de prouver qu'il fallait compter sur lui pour la seconde moitié du championnat. Pourtant, le début de l'année 2006 ne devait pas sourire aux Olympiens. Un nul d'entrée face à Lens (1-1), une défaite à Lyon (2-1), suivie deux journées plus tard d'une lourde défaite à Ajaccio (3-1) : Marseille confirmait surtout son statut de club instable et irrégulier. Irrégulier, car entre temps, tout se passait du mieux possible sur la scène européenne pour la formation olympienne, victorieuse de trois de ses quatre matches de poule (dont un succès sur l'ancien tenant du titre, le CSKA Moscou), éliminant ensuite Bolton (0-0, 1-2) en 16e de finale.
Mais les bonnes choses ont malheureusement toujours une fin et l'aventure des protégés de Jean Fernandez en C3 en faisait partie, surpris par l'inconnue formation du Zenit St-Petersburg (0-1, 0-0). Si l'OM a fini cinquième du championnat, il le doit finalement à une belle campagne en Coupe de France. Vainqueurs du favori lyonnais (1-2) en quart de finale, les Olympiens écrasent Rennes en demies (3-0). Dans l'euphorie liée au parcours en Coupe, les Phocéens, organisés autour d'un tout nouveau schéma offensif en 4-2-4 – audace permise par la présence et la complicité technique entre Pagis, Maoulida, Ribéry et Niang -, humilient Nancy (6-0), quelques journées après brillamment dominé Nantes (1-3). Profitant du resserrement de ses concurrents aux portes des places européennes, Marseille grignote quelques places. Battus à Saint-Denis en finale de la Coupe de France (2-1), les partenaires de Franck Ribéry mettent leur déception de côté et dominent Auxerre (0-2) échouant alors au pied du podium (4e, leur meilleure classement cette saison) et relançant la course à la troisième place. Hélas ! Incapable de battre le condamné Strasbourg (2-2) et de conserver son avantage à Bordeaux (1-1), l'OM est voué une saison de plus à rejoindre la C3 par le biais de l'Intertoto.
Les satisfactions
Conscient de disposer d'un bon groupe et non du meilleur effectif de France, Jean Fernandez a su tirer le meilleur du groupe mis à sa disposition, écartant les égarés (Meïté, Nakata, Mendoza) et donnant toute sa confiance aux valeurs sûres. A commencer par l'incontournable Franck Ribéry. L'ancien joueur de Boulogne-sur-Mer, Metz et Galatasaray a prouvé une fois encore à son ancien coach que ce dernier pouvait compter sur lui. Inclus in extremis dans la liste des 23 par Raymond Domenech, le feu follet marseillais a apporté à notre Ligue 1 orpheline de Ronaldinho, Drogba et autres, un véritable vent de fraîcheur, de créativité et d'insouciance. En résumé, tout ce qui caractérise le génie phocéen, tout à fait imprévisible balle au pied et jamais aussi dangereux qu'évoluant en électron libre dans l'axe de l'entrejeu, comme ce fut le cas en fin de saison avec son club.
Conscient du manque d'agressivité de son milieu de terrain, Jean Fernandez, en enrôlant Sabri Lamouchi et Lorik Cana, a fait d'une pierre deux coups : allier esprit combatif et vision de jeu. L'ancien international français fait partie au même titre que l'Albanais – pompier de secours parfois en défense centrale – des joueurs les plus utilisés cette saison (32 matches contre 28). L'ex-Parisien, devenu un cadre désormais de l'OM, doit tempérer son envie s'il souhaite prendre moins de cartons. Mamadou Niang a répondu dans l'ensemble aux attentes, finissant meilleur buteur de son équipe (10 buts en L1, 17 toutes compétitions confondues). Toifilou Maoulida, Mickael Pagis et Renato Civelli, tous trois arrivés au mercato hivernal, sont vite devenus les éléments moteurs de leur nouvelle formation.
Les déceptions
Instable cette saison, l'OM a payé au prix fort un recrutement en partie raté et le rendement insuffisant de certains cadres. Accélérateur de jeu présumé, Wilson Oruma, plutôt en jambes en début d'exercice, n'a pas réussi totalement à s'imposer. Le Nigérian est resté fidèle à ses prestations sochaliennes, c'est-à-dire en dents de scie. Frédéric Déhu, impérial lors de sa dernière saison au PSG, a bien du mal à retrouver l'élégance et l'autorité qui ont fait de lui autrefois un candidat déclaré aux Bleus. Et ce n'est ni Abdoulaye Meïté, véritable roue de secours du club et le Brésilien André Luis qui ont pu véritablement le mettre en concurrence. Quant à Bostjan César, l'international slovène a perdu sa place de titulaire au profit de Civelli.
Hormis Habib Beye, les latéraux phocéens ont déçu. Demetrius Ferreira a bel et bien prouvé qu'il ne valait pas mieux que le rôle d'une doublure. A gauche, Taye Taiwo a profité de la maladresse de Kodji Nakata pour s'imposer. Si le Nigérian possède une énorme frappe de balle, ce dernier ne brille pas pour autre chose, son rendement défensif étant trop souvent aux abonnés absents. Mais la grande déception cette saison au sein de l'effectif marseillais vient de l'Argentin Christian Gimenez , ce dernier ayant abandonné ses talents de finisseur… à Bâle, scorant un seul et unique but cette saison. Que dire enfin du Péruvien Andres Mendoza (onze matches, zéro but) prêté par le Metalurg Donetsk et fantomatique à la pointe de l'attaque phocéenne…
Vers un grand n'importe quoi ?
Alors que l'OM semblait prêt à s'appuyer sur un socle solide – une prometteuse seconde partie de saison – voilà le club phocéen en passe de vivre une nouvelle intersaison pour la moins agitée. Lassé par le contexte pesant sévissant du côté de la Canebière, les fautes de langage de son directeur sportif José Anigo et d'une équipe qui a finalement plus agi que réagi, Jean Fernandez a en fin de semaine dernière décidé de jeter l'éponge. Son départ – il devrait très prochainement rejoindre l'AJ Auxerre – plonge son ancien club dans l'embarras. Au lieu de plancher sur le visage de l'effectif 2006/2007, le comité directeur doit donc dénicher le coach à même de faire fructifier les bases laissées par l'ancien Messin. Si le nom de Laurent Blanc a bien circulé aux abords du Vélodrome, c'est l'ancien champion du monde et d'Europe Didier Deschamps qui tient la corde. Celui-ci ne nie pas les contacts établis avec le club marseillais mais se donne pour l'instant le temps de la réflexion. Et le temps, c'est justement l'élément dont ne dispose pas l'OM !
Car pendant que ses concurrents (Paris, Lyon, Bordeaux, Lens) s'activent déjà sur le marché des transferts, Marseille reste à quai. Si les dirigeants olympiens ont accroché la signature du défenseur Hassoun Camara, en provenance de Noisy-le-Sec (CFA), celle du milieu défensif brésilien Marcinho Guerreiro (ex Palmeiras) pour environ 4 millions d'euros et levé l'option d'achat concernant Maoulida et Civelli, le tout n'est pas encore suffisant pour rendre l'OM compétitif la saison prochaine. Les rumeurs circulent, les noms également. Djibril Cissé, toujours intéressé par l'OM, reste une éventualité pour Pape Diouf, d'autant que selon les dires de ce dernier (La Provence, France Football) le club olympien aurait les moyens financiers de boucler cette opération. Alou Diarra (Lens) ou encore Ronald Zubar (Caen) font partie des autres cibles marseillaises mais là il faudra compter avec une concurrence accrue. Mais la grosse inconnue reste… Franck Ribéry. Celui qui avait prolongé son contrat il y a tout juste quelques semaines avec la formation olympienne est fortement courtisé par Lyon. Si le nouvel international français a encore le temps de jouer la C1, le départ de son mentor Jean Fernandez pourrait susciter chez lui l'envie d'aller voir ailleurs… et qui sait de celles de quelques uns de ses partenaires.
Après être revenu de loin, l'OM, en finissant cinquième, semblait être sur la bonne voie, celle menant à l'acquisition d'un titre fuyant les vitrines marseillaises depuis la C1 glanée en 1993. Mais le départ de Jean Fernandez, l'incertitude planant autour du club pourraient appeler d'autres départs… ou non. De la gestion de son intersaison dépend en grande partie le tracé du parcours prochain de Marseille en L1 en 2006/2007.