
Une équipe injouable, spécialiste du faux rythme, capable de plier une rencontre sur des contres menés tambours battants. L'exemple parfait d'un club modeste, porté par ses valeurs de stabilité et par un centre de formation très productif en petites perles du ballon rond. L'AJ Auxerre a une réputation solide, construite petit à petit au fur à mesure des brillants résultats obtenus au cours des vingt dernières décennies. Mais depuis deux ans, et le départ du mythe Guy Roux à la retraite, les habitudes sont bouleversées. Et force est de constater que la nouvelle ère ne démarre pas sous les meilleurs auspices, après l'intermède Santini de la saison passée. Cette saison, Auxerre piétine. Il ne lui reste d'ores et déjà qu'un unique challenge. Faire mieux que la triste 13ème place que les Bourguignons occupent actuellement (seulement 5 victoires pour 6 défaites, 8 matches nuls).
Car le week end dernier, les Auxerrois se sont piteusement fait sortir de la Coupe de France. Une élimination subie à domicile face à un adversaire pourtant prenable, l'équipe de Niort, pensionnaire de Ligue 2 (2-2, défaite aux tirs aux buts). Rageant, d'autant plus les Ajaïstes ont subi pareille déconvenue en Coupe de la Ligue et en Coupe de l'UEFA, à chaque fois au stade de l'Abbé Deschamps. A l'issue du match contre Niort, Jean Fernandez faisait grise mine. Maintenant, cela va être difficile de remotiver les troupes puisqu'il ne nous reste plus que le Championnat. Mais c'est une priorité pour nous et il faut vite prendre des points pour se mettre à l'abri», pestait-il dans l'Equipe. Car, pour l'instant, Auxerre joue le maintien. Quand Guy Roux l'affirmait, personne n'y croyait. Aujourd'hui, c'est une réalité.
En défense, Sagna et les autres
Car les Auxerrois souffrent de lacunes importantes dans tous les compartiments du jeu. La défense n'est plus aussi intransigeante que par le passé. Avec 24 buts encaissés en 19 rencontres de championnat, le club n'est qu'au 15ème rang dans ce secteur de jeu. En cause, surtout, les erreurs individuelles des défenseurs, qui ont coûté de nombreux points à l'équipe ajaïste, notamment face à Sedan (nul 2-2 à domicile) ou encore à Lens (défaite 1-0 sur une bourde d'Akalé). Les défenseurs, pour la plupart, sont en manque total de confiance. Younes Kaboul ne confirme pas tous les espoirs placés en lui, Jean-Sébastien Jaurès accumule les matches sans saveur, Oumar Kalabane, parti durant le Mercato en Turquie, ne laissera pas un souvenir impérissable. Mignot et Grichting alternent le bon et le moins bon.
Enfin, Fabien Cool, à 34 ans, a semblé plus émoussé que jamais, multipliant les erreurs et ne se montrant que trop rarement décisif. L'arrivée d'Olivier Sorin en provenance de Nancy semble avoir poussé le gardien emblématique des Bourguignons sur la touche pour un bout de temps. A moins que le nouveau venu reproduise des cagades similaires à celle qui a coûté le deuxième but à son équipe, contre Niort. En fait, seul Bakari Sagna a donné satisfaction dans le secteur défensif. Le jeune latéral droit confirme cette saison qu'il est bien un joueur d'avenir. Intransigeant dans son couloir, il améliore sans cesse son apport offensif (déjà trois passes décisives à son actif).
Un potentiel offensif mal exploité jusqu'ici
D'autre part, l'équipe manque d'audace sur le plan du jeu et de l'offensive. Avec 20 buts, elle ne possède que la 11ème meilleure attaque de Ligue 1, elle qui a longtemps été habituée à truster le podium du classement des équipes les plus prolifiques. Face à des équipes plus attentistes, elle n'a plus la même explosivité, et le dernier geste est plus souvent manqué que réussi aux abords de la surface. L'équipe manque notamment d'un avant-centre efficace. Luigi Pieroni (2 buts cette saison) restera une déception, lui qui vient de partir à Nantes. Après une saison 2005-2006 plutôt réussie, le Belge a traversé une grosse crise de doutes, et ne laissera pas beaucoup de regrets. Son principal concurrent, le Roumain Niculae, n'a guère été plus convaincant depuis son arrivée de l'été dernier. Avec un petit but inscrit en championnat, le solide attaquant peine à s'adapter aux défenses de l'hexagone. Il reste pourtant le seul avant centre de métier au sein de l'effectif. A moins qu'un Matt Moussilou, peu en réussite à Nice vienne tenter de se relancer dans l'Yonne durant le mercato.
L'équipe ajaïste a pourtant des raisons d'espérer, car le talent est là, et bien là. Au milieu de terrain, les deux Benoît (Cheyrou et Pedretti) forment un tandem de haut niveau. Le premier, en particulier, confirme chaque semaine qu'il est l'un des meilleurs relayeurs du championnat, au point de susciter les convoitises de l'OM. Enfin, en attaque, le Polonais Jelen, souvent virevoltant (4 buts), et l'Ivoirien Akalé (5 buts), semblent dans une bonne spirale. Ces deux là ont permis à Auxerre de finir 2006 sur une bonne série. Deux matches nuls à Troyes (3-3) et à Lille (1-1), une victoire face à Lorient, 6 buts inscrits en 3 matches : 3 par Jelen, 3 par Akalé. Sans oublier les retours de blessure de l'excellent Danois Kahlenberg, leader d'attaque des Ajaïstes en 2005-2006, et de Lionel Mathis, absent lui aussi depuis plusieurs semaines. Avec tout ce beau monde, et l'arrivée d'un nouvel attaquant, Auxerre peut encore espérer retrouver un second souffle.