
Avec sa dixième place au classement et ses 26 points à mi-parcours, sans oublier ses éliminations dans les coupes nationales dès le premier tour, le Racing affiche le même bilan que la saison dernière à la même époque. Une petite déception lorsque l’on se remémore le début de saison prometteur des Strasbourgeois (sixièmes lors de la 10e journée), mais une réalité qui met le doigt sur l’équilibre fragile du système de jeu d’Antoine Kombouaré. La seconde moitié de la saison du RC Strasbourg, uniquement consacrée au championnat en l’absence de coupe, sera conditionnée par les mouvements lors du mercato. Ljuboja parti au PSG, peu de facteurs semblent convertir en faveur du Racing pour envisager 2004 avec des objectifs supérieurs à l’an passé.
Le double effet Kombouaré
Au soir du 17 octobre, le classement et les critiques consacraient avant l’heure la nouvelle version du RCS. Une version radicalement plus «couleur locale» sur le plan interne avec l’arrivée aux reines du club d’un Alsacien (Egin Gindorf), épaulé par Marc Keller promu directeur général. Une version radicalement plus séduisante sur la pelouse, avec un jeu porté vers l’offensif selon les consignes du nouvel entraîneur Antoine Kombouaré. Après Guingamp (2-0, 2e j.), Le Mans (0-3, 5ej), Ajaccio (3-2, 6e j.) et Nantes (1-0, 8e j.), l’Olympique de Marseille venait se casser les dents à La Meineau ce fameux 17 octobre (4-1, 10e j.), surclassé par une formation strasbourgeoise au sommet de son art. «Les garçons m’ont ébloui» concédait même Antoine Kombouaré, dont l’équipe occupait alors la sixième place du classement, avec 17 points au compteur, 16 buts marqués pour 11 encaissés.
Mais semble t-il grisé par cette entame prometteuse qui avait alors séduit le public strasbourgeois en masse (27 000 spectateurs contre l’OM, puis 22 000 contre Metz, pour une moyenne de 16 000 spectateurs à La Meineau), le RC Strasbourg a du faire face à une longue période de disette sanctionnée par six matches sans victoire, dont une ultime défaite au Parc contre le PSG (3-2) qui a déclenché chez Antoine Kombouaré une colère non contenue. «J'en ai ras-le-bol de jouer les sparring-partners pour nos adversaires, lâchait t-il. On réalise un bon match, mais au final on prend zéro point. Nous avons manqué de rigueur et de leaders. Pendant vingt minutes, le danger est venu de tous les côtés. Les joueurs sont frustrés et déçus, pourtant à 1-0 en notre faveur, nous avons eu quelques situations pour tuer le match.» Heureusement, ses joueurs ont réagi avant la trêve par deux festivals offensifs à La Meineau contre Bastia et Montpellier (4-2), et n’ont pas démérité à Monaco (2-0) et en coupe de France au Vélodrome pour la revanche de l’OM (1-1, 3-1 aux tab.).
Les satisfactions
Le passage du système ultra défensif d’Ivan Hasek à une formation en 4-4-2 portée vers l’attaque d’Antoine Kombouaré a donné à la paire Ljuboja-Niang les moyens de s’exprimer. Et ces derniers ne s’en sont pas privés ! Le Serbo-Monténégrin Danijel Ljuboja (16 matches, 7 buts, 3 passes décisives) et le Sénégalais Mamadou Niang (16 m., 8 b. + 1 en coupe de France, 1 p.d.) valent à eux deux 15 buts, soit la moitié des réalisation du RCS. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si le RC Strasbourg est la troisième équipe la plus prolifiques de L1 avec 30 unités, tant l’attaque en binôme du système Kombouaré peu compter sur l’appui du milieu de terrain. Christian Bassila (17m., 4 b.), Ulrich Le Pen (18 m., 3 b., 6 p.d.), et Corentin Martins (14 m., 2 b., 3 p.d.) ont appliqué à la lettre les consignes de leur nouveau coach en participant aux offensives. Christian Bassila n’a d’ailleurs pas gagné qu’en rendement offensif. Pour sa troisième saison en Alsace, il a réellement franchi un palier en explosant son volume dans l’entre-jeu, et en trouvant une réelle complicité avec son compère de l’axe Pontus Farnerud (13 m., 1 p.d.). Ulrich Le Pen quant à lui s’est totalement épanoui sur son côté gauche. De la récupération à la finition (malgré un début de championnat timide dans ce domaine), l’ailier strasbourgeois ne compte pas ses courses pour participer au jeu et provoquer sur le côté gauche. Enfin, Corentin Martins n’a peut-être plus ses jambes de vingt ans, mais sa vision du jeu et son charisme sont intacts et déterminants dans le rendement offensif du Racing.
Au rayon des bonnes surprises, la paire Kanté-Fahmi en défense centrale et l’émergence de jeunes joueurs viennent égayer le tableau. Cédric Kanté (15 m.) a bousculé l’ordre établi dans la défense du RCS et a donné entière raison à Antoine Kombouaré de lui avoir fait confiance. Sa présence physique et son sang froid rassurent ses coéquipiers, et son absence face à Montpellier (4-2) a démontré qu’il est devenu indispensable à l’arrière garde strasbourgeoise. A ses côtés, Marc Keller est allé tirer Abdel Fahmi du banc de touche lillois pour en faire le complément idéal de Cédric Kanté. En neuf rencontres, Abdel Fahmi a démontré sa rigueur dans l’axe de la défense du RCS et s’est même improvisé buteur à Paris. Cette charnière centrale sécurisante n’était pas attendue en début de saison, tout comme l’émergence éclaire des jeunes joueurs. Yacine Abdessaki (9 m., 1 p.d.), Guillaume Lacour (11 m.) en milieu de terrain, et Salim Arrache (4 m.) en attaque ont bousculé l’ordre établi pour se faire une place dans le groupe pro et sur la pelouse.
Les déceptions
La fébrilité de la défense a coûté de nombreux points au RC Strasbourg. Absences de marquage, balles en profondeur fatales, erreurs défensives payées cash, tout y passe. Les performances de Mikael Dorsin (15 m.) sur le flanc gauche, de Jean Christophe Devaux (8 m.) et de Vavlav Drobny (12 m.) dans l’axe laissent en effet à désirer. Le jeune suédois Mikael Dorsin a une sérieuse tendance à se faire déborder sur son côté gauche, et n’est pas assidu sur le plan du marquage. JC Devaux a du mal pour sa part à intégrer les nouvelles consignes d’Antoine Kombouaré. En manque de repère dans la nouvelle défense à 4 du Racing, l’explosion de Kanté a eu raison de sa place sur les terrains. Idem pour Vavlav Drobny, qui n’affiche pas la même régularité que Fahmi. Dans les buts, Richard Dutruel (13 m., 19 buts encaissés) et Vincent Fernandez (6 m., 10 b.e.) ont eux aussi connus leurs baisses de régime. Pour Dutruel, l’entame de saison fut difficile à l’image de ses deux erreurs sanctionnées par deux buts contre Ajaccio. Fernandez n’est pas en reste, malheureux notamment face à Lille et son goleador Manchev.
Malgré son bon rendement offensif, le RC Strasbourg manque de solution pour palier les absences de Ljuboja ou de Niang. Le potentiel d’Eric Mouloungui (7 m., 2 b., 2 p.d.) n’est pas à remettre en cause, mais son éclosion au haut niveau tarde à arriver, comme l’a démontré son timide intérim de Niang puis de Ljuboja. En revanche, Cédric Moukouri (6 m.) n’a pas convaincu Antoine Kombouaré. Ses entrées en fin de rencontres n’ont pas laissé entrevoir un réel impact, si ce n’est une propension à manquer les occasions. Et même si Salim Arrache a fait étalage de sa pointe de vitesse et sa qualité de centre lors de ses apparitions, il semble encore un peu tôt pour lui donner plus de responsabilité. Et si les milieux offensifs apportent ce que leur coach attendait d’eux, Pascal Camadini (8 m., 1 p.d.) va à contre courrant. Peu concerné, peu motivé, la montée en puissance des jeunes le condamne à faire banquette.
Le mercato et le programme à venir
Ce qui devait arriver est arrivé : Danijel Ljuboja a quitté le RC Strasbourg pour le PSG. «Le groupe vit bien et s’entend bien. Il a un gros potentiel et il serait dommage de l’affaiblir» , espérait encore Antoine Kombouaré avant la nouvelle, lui qui devra désormais composer sans la star du club. A sa place, Ogbeche (PSG), Cherrad (Nice) mais surtout Chapuis (Marseille) étaient évoqués. Cloué sur le banc à Leeds, l’attaquant de l’OM désire revenir en France et serait prêt pour cela à revoir à la baisse ses prétentions salariales. Le secteur offensif sera également étoffé par la signature d’Alex Farnerud (le frère de Pontus), qui compensera l’absence de Niang lors de la CAN et le départ de Vincent Doukantie pour Reims. Sur le plan défensif, Ehret et Deroff sont sur le départ. Avec le départ possible de Fahmi pour la CAN et la blessure de Kanté qui l’éloignera durant deux mois des pelouses, le RCS pourrait bien accueillir un nouveau latéral droit. Ce dernier pourrait être Egyptien (Abou Mossalem) ou Tchèque (Tomas Hubscham), en fonction des ressources disponibles dans la caisse du club strasbourgeois.
Eliminé de la coupe de France par Fabien Barthez (1-1, 3-1 aux tab.), le RC Strasbourg n’a plus que le championnat au programme, avec Guingamp (10 janvier), Auxerre (17 janvier) et Lens (31 janvier) dans l’immédiat. «De toute façon, tout va se jouer maintenant, déclarait Antoine Kombouaré à la reprise. C'est toujours lors des matches retour que se fait la décision. Je dirai presque que la première partie compte pour du beurre.» Le mois de janvier donnera ses premiers éléments sur le potentiel d’un RC Strasbourg orphelin de Ljuboja, et privé de Niang, Kanté et (peut-être) Fahmi.
Les promesses du début de saison ont été contrariées par les problèmes défensifs redondants du RC Strasbourg. Amputé de son joueur majeur (Ljuboja) et d’éléments clé (Niang, Kanté, et Fahmi ?), la formation strasbourgeoise manque de certitude à l’abord de la seconde moitié de saison. Niang sans Ljuboja aura-t-il la même carburation ? Chapuis (ou autre) comblera t-il l’absence de Ljuboja ? La défense retrouvera t-elle de sa rigueur de l’ère Hasek sans handicaper le comportement offensif du système Kombouaré ? L’entraîneur strasbourgeois, pour sa première expérience au haut niveau, ne manquera de défi à relever dans cette seconde moitié de saison.