
Une arrivée en tête… chanceuse
Madrid est arrivé ce week-end en tête de la Liga, c'est tellement habituel que personne n'y ferait attention. Cette accession vient conclure une grosse moitié de saison (21 matchs sur 38) de qualité, certes, mais pas extraordinaire non-plus. Les Galactiques tiennent leur rang et c'est tout. Avec 14 victoires, 4 nuls et 3 défaites, les coéquipiers de Zidane affichent une belle moyenne de 2,2 points récoltés par rencontre. Par ailleurs, le Madrid est tout simplement injouable à domicile : 10 matchs, 10 victoires, 26 buts pour et 8 contre. Le Real «domine les matchs à Bernabeu et fait sentir aux adversaires qu'il est difficile de prendre des points ici» , selon les mots de Carlos Queiroz. Pas de souci non plus pour l'attaque madrilène, la meilleure d'Espagne avec 40 buts inscrits. On serait alors tenté de dresser un tableau idyllique de la situation du «club du siècle.» Seulement, Valence n'est qu'à deux petites longueurs et l'accession en tête couronne une série de matchs difficiles. Le Real ne fera jamais comme les autres clubs.
En effet, le mois de janvier des joueurs de Florentino Perez est plus que moyen pour un champion en puissance : 2 victoires, 1 défaite et 1 nul. C'est en fait un mois de janvier tout aussi moyen de Valence qui permet au Real de reprendre la pole. Valence a concédé ce week-end une courte défaite (0-1) sur sa pelouse, face à Osasuna, surprenant 5ème de la Liga. Dans le même temps, Ronaldo s'est chargé d'envoyer un missile de 25 mètres dans la lucarne droite du gardien de Villareal, donnant la victoire (2-1) à son équipe et la première place. L'entraîneur madrilène était très satisfait de cette victoire délicate : «nous avons fait un très bon match» , déclarait-il, saluant au passage la «fantastique» prestation de Mejia, jeune défenseur qui effectuait sa première apparition en Liga. La défense, justement, point faible de toujours des Merengues, affiche tout de même 21 buts encaissés, un total qui place le club en 4ème position de ce classement annexe. On pensait que Perez avait entendu la voix de la raison cet été lorsqu'il avait annoncé l'arrivée de l'Argentin Milito. Mais l'affaire a échoué pour une visite médicale non-satisfaisante aux yeux des médecins madrilènes ; cette même visite qui n'a pas empêché les dirigeants de Saragosse de recruter le joueur. La vraie raison est peut-être ailleurs : il est clair qu'un défenseur fait vendre moins de maillot qu'un Beckham ou un Ronaldo. Le Real ne doit donc pas tomber dans l'autosatisfaction et se perfectionner pour mener de front les multiples échéances de fin de saison : Liga, Coupe (le Real est presque qualifié en demi-finale) et Ligue des Champions (huitièmes).
Stars attack
En juin dernier Madrid connaissait une mini-révolution. Champion d'Espagne, le président décidait pourtant de limoger son entraîneur Vicente Del Bosque et son emblématique défenseur central Fernando Hierro (438 matchs de Liga sous le maillot madrilène). Perez avait alors considéré qu'ils ne faisaient pas partie du nouveau projet du Real. A la place du technicien, avait débarqué l'adjoint de «Sir Fergie» de Manchester, le Portugais Carlos Queiroz. Ce dernier n'a pas révolutionné l'organisation du club, au contraire, il agit dans la continuité de son prédécesseur. Le «catenaccio» n'est toujours pas en vigueur à Madrid, l'équipe alignée est toujours aussi offensive. De toute façon, l'entraîneur n'a guère le choix à la vue de l'effectif : parmi son onze majeur, pas moins de cinq de ses vedettes sont offensives : Beckham, Figo, Zidane, Raùl et Ronaldo. Pour être encore plus précis il faudrait ajouter Roberto Carlos, qui a toujours des fourmis dans les jambes malgré ses 30 ans. Le bonhomme d'1m68 a d'ailleurs déclaré récemment qu'il «souhaite jouer jusqu'à 40 ans» et qu'il «s'en sent capable.» Pour composer avec ces éléments incontournables, Queiroz a donc mis en place un 4-2-2-2, avec des milieux offensifs excentrés, et pas n'importe lesquels : Zidane et Figo. Devant eux, Ronaldo est en pointe, et Raùl un peu plus en retrait «tourne» autour de lui. Le collectif est donc toujours autant porté vers le but adverse, avec un jeu rapide et très plaisant, une des volontés du très exigeant président.
Mais le Real ne serait pas le Real sans ses individualités, les «Galacticos.» Cette appellation les définit à merveille, pourtant les joueurs ne l'apprécient pas beaucoup, à l'image de Raùl : «je la respecte, mais je ne la partage pas (…). Ce n'est pas en accordant des interviews ou avec notre nom que nous allons gagner.» Une nuée d'étoiles, qui en plus savent se mettre au service d'un collectif toujours plus impressionnant. Malgré des tempéraments très différents, les joueurs parviennent à s'entendre, sans rivalité excessive. Entre un Zidane réservé et un Beckham superstar médiatique, il y a un large fossé. Cependant, pas de jalousie interne, mais plutôt une joie de porter le même maillot, comme l'indique Beckham : «je suis heureux de jouer avec des grands joueurs.» Cette entente cordiale est facilitée par l'absence d'une réelle concurrence pour les places de titulaire, chaque poste a sa star et chaque star a son poste. Même si la jeunesse pousse, comme Portillo (21 ans), on voit mal comment elle pourrait déboulonner un Zidane ou même un Figo. Les jeunes sont les bienvenus, mais plutôt pour palier la minceur de la ligne défensive, c'est comme cela que Pavon et Raul Bravo, produits du centre, se sont fait une place en équipe-première (respectivement 18 et 20 titularisations en championnat). La principale astuce pour parvenir à faire jouer tous les joueurs de renom en même temps a été le replacement à un poste de milieu défensif inédit pour Beckham. A son arrivée s'était posée la question du devenir de Figo, titulaire de l'animation côté droit, on avait alors parlé de départ ou de banc de touche, en bref, on en faisait un nouveau Morientes. En effet, tout est clair au Real, les titulaires sont quasiment inamovibles et les remplaçants voient leurs temps de jeu réduit au minimum, à l'exception d'un ou deux «jokers.» Par exemple, Solari a été aligné 19 fois en Liga, mais seulement trois fois en tant que titulaire. De ce fait, lorsqu'un joueur a un niveau tel qu'il ne peut se contenter d'un statut de remplaçant de luxe, il s'en va voir ailleurs. C'est le cas de Morientes, titulaire en Equipe d'Espagne et faire-valoir à Madrid, qui a préféré aller faire un tour sur le Rocher monégasque. Toujours est-il que «Becks» s'est adapté de la meilleure des manières et retrouve un niveau phénoménal, mieux mis en lumière au Real que lors de ses dernières années à Old Trafford. Le «Spice-Boy» est d'ailleurs très heureux dans la capitale espagnole : «j'ai dit quand j'ai signé que je voulais rester ici le plus longtemps possible et je ne vois pas quelles circonstances pourraient m'amener à partir.» La politique de Florentino Perez remise en question à chaque nouvelle folie porte donc ses fruits malgré un déséquilibre indéniable vers l'avant.
Le Real sur tous les fronts
La suite des évènements sur le plan national, c'est la Liga, pour obtenir un 30ème titre de champion, et la Coupe du Roi. En championnat, le mois de février sera bien chargé, avec 5 rencontres en 29 jours ; la plus importante sera la réception du dauphin Valence le 15 à Bernabeu. Tous les points pris actuellement sont capitaux, puisqu'en fin de saison le club pourrait payer les efforts de la Ligue des Champions et de la très controversée tournée de préparation en Asie qui ressemblait plus à une exhibition publicitaire. En Coupe, les Madrilènes ont pris une très sérieuse option sur la qualification pour les demi-finales, en atomisant Valence 3-0 au match aller. Le retour a lieu ce mercredi à Valence. De toute façon il ne faut pas compter sur Raùl et ses coéquipiers pour faire l'impasse dans une des compétitions : «nous voulons remporter les trois titres» glissait dernièrement le numéro 7 du club au détour d'une interview à Foot365.
La troisième compétition, il s'agit de la Champion's League, la grande, la belle, celle qui fait l'histoire du club. Dès ses débuts, cette coupe a lié son nom à celui du Real : le grand Madrid des années 50 a remporté les 5 premières éditions. Depuis, le trophée aux grandes oreilles est revenu 4 fois dans la vitrine de la Ciudad Deportiva. Et comme le Real a pris la bonne habitude de le ramener tous les deux ans (1998, 2000 et 2002), pourquoi ne pas espérer porter le total à 10 dès cette année ? Pour poursuivre l'épopée, il faudra d'abord écarter dans le choc des huitièmes de finale le Bayern de Munich. Le match aller se déroulera en Allemagne, au stade olympique, le 24 février et le retour à Santiago Bernabeu le 10 mars. La tâche est délicate mais le fait de jouer le retour à domicile est intéressant. Souhaitons que cet affrontement tienne toutes ses promesses et soit à l'image des deux superbes rounds de la saison passée face à Manchester United.
La décla : une ambition sans limite
«Connaissant Florentino Perez, tout est possible.» Cette petite phrase a été prononcée par Zinédine Zidane, à propos de l'éventuelle arrivée de Thierry Henry. Elle en dit long sur les ambitions d'un président à la politique claire : une star par saison. Elle symbolise aussi la grandeur et la démesure des projets de cet homme qui a marqué le club de son empreinte et qui risque bien de continuer à le faire dès l'été prochain. La dernière «folie» de Perez serait donc Henry, mais comme le joueur ne souhaite pas partir, que son club, sauf gros souci financier, n'est à priori pas vendeur et que Abramovitch (Chelsea) est aussi sur le coup, les enchères vont monter. «Titi» paiera-t-il le nouveau stade londonien actuellement en construction ? Réponse l'été prochain…
La stat : 534 sélections
Rien que dans leur onze-type, les «Galactiques» totalisent 534 sélections nationales, et toutes dans des grandes nations du football : Brésil, France, Espagne ou encore Portugal… un gage de qualité. C'est la défense centrale qui est la plus inexpérimentée sur le plan international, puisque la paire Pavon - Raul Bravo ne compte que 5 sélections au total (aucune pour Pavon, le seul de l'équipe-type dans ce cas).
Le Real prend donc la tête de la Liga malgré un mois de janvier poussif. Le niveau offensif du «star-system» madrilène est toujours au top. Il faudra bien cela pour venir à bout du Bayern qui renaît de ses cendres après une saison blanche en Ligue des Champions. Rendez-vous est pris le 24 février à Munich.