
La fin de l'état de grâce
Pour revenir brièvement sur le mois de janvier auxerrois, les chiffres sont simples : 6 victoires en autant de rencontres, 14 buts inscrits pour aucun encaissé. Rappelons que grâce à cette série l'AJ Auxerre avait pris la deuxième place du championnat et était la seule équipe à poursuivre sa route dans toutes les compétitions nationales. Problème pour la jeunesse ajaïste, il a suffi de peu pour dérégler la belle mécanique. L'équipe a d'abord été éliminée de la Coupe de la Ligue par Nantes, une nouvelle fois sans encaisser de but dans le jeu (0-0, 5 tirs au but à 4). Ensuite les Auxerrois sont allés chuter en Coupe de France à Brive (1-0) et se sont finalement inclinés sur leur pelouse pour la première fois depuis le 25 octobre (0-1 face à Montpellier), contre un concurrent direct pour la Ligue des Champions, voire pour le titre, Lyon (0-1). Entre temps, les coéquipiers de Djibril Cissé ont tout de même ramené une précieuse victoire de Rennes, jusqu'alors invaincu au stade de la Route de Lorient. Cette mauvaise passe place finalement l'AJA à la quatrième place de L1, toujours à sept points de Monaco, également défait ce week-end, mais aussi à deux points du PSG, qui occupe la dernière place qualificative pour la Champion's League. La question est de savoir si l'AJA saura repartir dans une nouvelle dynamique ou si le mal est plus profond.
Les éléments qui pourraient pousser au pessimisme sont multiples. Tout d'abord, pour ce qui est du championnat, il est clair que des occasions de revenir à quatre points du leader ne se présenteront pas toutes les semaines. Cependant, il y a bien longtemps que Guy Roux semble avoir abandonné l'idée de rejoindre les hommes de Didier Deschamps : «je n'ai jamais parlé de course au titre ! C'est comme dans le Tour de France : ceux qui parlent de course au titre quand Armstrong a un quart d'heure d'avance, ce sont des rêveurs.» Plus inquiétant, cette défaite face à Lyon pourrait bien coûter cher au moment du décompte final pour le partage des places en C1. En effet, Lyon a pris une avance de trois points qu'il sera difficile de refaire quand on connaît le train d'enfer que les Gones ont pris l'habitude de mener au cours du sprint final ces dernières saisons. A propos de la rencontre de dimanche, l'entraîneur auxerrois estimait que son équipe méritait mieux : «c'est une défaite malencontreuse contre Lyon, sur notre terrain. On ne méritait peut être pas de gagner mais on devait faire un nul.» De même, Paris est en pleine bourre (12 matchs sans défaite en championnat) et sera difficile à reprendre. Le moindre faux-pas peut coûter cher à chacune de ces équipes, très proches l'une de l'autre.
D'un autre côté, Auxerre à l'occasion de se refaire en championnat et de prouver qu'elle luttera jusqu'au bout, puisque les deux prochaines rencontres seront disputées face à Paris puis Monaco, de quoi se replacer ou couler définitivement. A signaler aussi en faveur des auxerrois qu'au cours de leur très belle série d'avant trêve et du mois de janvier, ils ont toujours su se remettre rapidement d'un revers. Effectivement, après la défaite à Sochaux (3-2), comme après celle à Nantes (1-0), ils ont tout de suite repris leur marche en avant. En ce qui concerne les éliminations en Coupes, on ne peut pas trop en vouloir aux auxerrois. En deux semaines, deux coups du sort, ou plutôt de l'arbitre, se sont abattus sur les Bourguignons. Le premier, face à Nantes, alors que Tainio avait reçu un superbe centre aux six mètres et s'apprêtait à tromper Landreau immobile sur sa ligne, M. Duhamel sifflait un hors-jeu imaginaire, suivant les indications de son juge de touche. Le ralenti montrera que le Finlandais était plus d'un mètre derrière le dernier défenseur nantais avant la passe. Une semaine plus tard, à Brive, même erreur, sur un but de Cissé, refusé injustement par M. Layec. De quoi donner une nouvelle fois des arguments aux partisans du recours à la vidéo… Néanmoins, Auxerre aurait dû être capable de venir à bout de Brivistes évoluant au même niveau que la réserve icaunaise, en CFA. Enfin, Lyon apparaît comme la «bête noire» de l'AJA, puisque les Rhodaniens sont venus s'imposer à l'Abbé Deschamps lors de leurs quatre dernières visites. Cependant, Roux ne veut pas croire à une malédiction : «il ne faut pas parler de mauvais signes ou de chat noir, mais plutôt de la qualité de Lyon.» Il existe donc des raisons qui permettent de penser que la série restera anecdotique et que les Auxerrois ont la capacité de repartir.
Des joueurs fatigués et un collectif en panne
Sur les dernières sorties de l'AJA, l'accumulation des compétitions commence à se faire sentir, «certains joueurs sont un peu moins bien ces derniers temps» , reconnaissait «GR» . Sur le match de Lyon, le responsable désigné est Mexès, monté lors des deux buts encaissés. Sur ce point, le coach se montrait très critique : «depuis quelques matchs, Philippe Mexès monte systématiquement et mal. Sur l'action qui conduit au second but de Lyon, nous avons défendu à trois au lieu de quatre. Le football est un jeu où il faut réfléchir.» Voila qui est clair ! Cependant, le jeune international (21 ans, 5 sélections) avait réalisé des rencontres très impressionnantes ces dernières semaines, notamment face à Nantes. Ces dernières prestations lui ont d'ailleurs valu d'être appelé en EdF pour la rencontre face à la Belgique. Autre joueur en baisse de forme, Olivier Kapo, qui prouve une nouvelle fois son irrégularité. Après des matchs de grande classe, par exemple face à Marseille en janvier, il retombe dans ses travers. Il semble avoir du mal à se motiver pour les «petites» rencontres ; après une période de forme à la mi-janvier il est moins incisif ces derniers matchs. Pour preuve, il a fait une partie correcte face à Lyon, mais a été invisible contre Nantes ou Brive… La concurrence avec Akalé (22 ans) est rude et Kapo devra faire preuve de plus de régularité la saison prochaine s'il rejoint l'un des grands clubs qui le convoitent. Egalement à remarquer, la baisse de régime de Cissé, muet depuis 4 rencontres et son doublé face à Bordeaux (5-0). Cependant, il semblerait qu'il ait été grippé au cours des dernières semaines, et il aurait joué avec de la fièvre selon Guy Roux. Le prochain retour de Benjani proposera une solution de plus, permettant à «Djib'» de souffler un peu. Autre lacune, c'est un des vieux démons des Icaunais, le jeu collectif. Cela avait été l'un des problèmes majeurs de la première moitié de saison et le club rechute à ce niveau. La rencontre de dimanche en a été un bel exemple, comme celle face à Nantes en CdL. Chacun fait son numéro mais les joueurs à vocation offensive ont du mal à se trouver. Pourtant, le mois de janvier avait été un modèle sur ce plan, avec un jeu très fluide et rapide, sur toute la largeur du terrain. Un collectif encore plus important en cas de baisse de forme d'un ou plusieurs joueurs.
L'élément déterminant pour la fin du championnat sera sans doute la rencontre face à Paris le 29 février. En cas de victoire, la course à la C1 sera toujours ouverte, alors qu'en cas de défaite, les ambitions auxerroises risqueraient bien d'être déçues. Le vainqueur prendra une sérieuse option sur le dernier billet, celui que le PSG et l'AJA devraient se disputer si Lyon et Monaco ne faiblissent pas. Auparavant, les Bourguignons se déplacent samedi à Bastia, quatorzième de L1, et feront tout pour relever la tête avant le choc. Autre moyen de briller, la Coupe de l'UEFA, avec un seizième de finale tout à fait à la portée de Yann Lachuer et ses partenaires, face au Panathinaïkos. Le match aller sera disputé à domicile le 26 février et le retour le 3 mars en Grèce.
Le joueur : Bonaventure Kalou
Le milieu offensif de l'AJA (aligné 21 fois en L1) s'affirme au fil des matchs comme un des tous meilleurs joueurs de notre championnat. Ses dribles chaloupés sont capables de désarçonner et de «dégoûter» n'importe quel défenseur et son placement derrière Cissé plutôt que dans le couloir droit en début de saison donne des résultats très satisfaisants. Il devrait être la vraie star de l'équipe la saison prochaine, après le départ de la jeunesse dorée vers d'autres cieux. Malgré son poste de numéro 10, ou de deuxième attaquant en retrait, il a inscrit sept buts et sait se transformer en passeur décisif (3). Nul doute qu'à 25 ans, on n'a pas fini de parler de ce joueur arrivé du Feyenoord Rotterdam cet été et qui est sous contrat avec l'AJA jusqu'en juin 2008.
La stat : 4
C'est le nombre minimum de joueurs de l'équipe type qui quittera le club en fin de saison. Ces quatre membres de l'effectif sont d'ailleurs tous des internationaux A français. Pour Boumsong, plus de doute, il a signé aux Rangers, alors que Cissé semble tombé d'accord avec Liverpool. Pour Kapo, libre au mois de juin, il a indiqué qu'il «annoncera sa décision à la fin du mois,» le favori semble tout de même le PSG. La principale inconnue est la destination de Philippe Mexès, convoité par des clubs anglais (Manchester United, Arsenal), Italien (AS Rome, Juventus…) et par le grand Real Madrid. Il ne fait aucun doute qu'il évoluera dans un club de tout premier rang européen la saison prochaine. Malgré qu'il possède encore un contrat jusqu'en 2006, Guy Roux ne s'opposera pas à son départ l'été prochain : «on sait qu'il partira en juin 2004, s'il y a des clients.» D'autres rumeurs circulent autour de l'effectif auxerrois, ainsi Radet se verrait bien en Angleterre et Tainio serait lui aussi convoité par des clubs d'Outre-Manche. Si Auxerre accroche la Ligue des Champions, des renforts seront donc indispensables pour faire bonne figure.
La décla : Guy Roux, entraîneur de l'AJ Auxerre
Comme a son habitude le gourou auxerrois cache ses ambitions derrières des déclarations modestes : «on va se battre jusqu'au bout et j'espère que les erreurs commises aujourd'hui serviront de leçon. Mais ce n'est pas sûr…»
Auxerre a pris deux longueurs de retard dans la course à la Ligue de Champions. Des points qu'il sera de plus en plus difficile de reprendre ; une réaction immédiate est donc nécessaire. Ce redressement passe par un bon résultat en Corse, mais surtout par une performance à domicile face au PSG le 29 février.