

Mais qu'est devenue l'Italie ? Battue par la Bosnie aux tirs au but, la Nazionale va manquer son troisième Mondial de suite. Une chute vertigineuse pour un pays qui ne produit plus assez, expose mal ses jeunes et semble incapable de suivre l'évolution du football moderne.
Une machine à former grippée
Pendant des décennies, l'Italie a vécu sur une certitude : celle d'un réservoir inépuisable. Aujourd'hui, la mécanique est totalement enrayée. En 2025, les joueurs italiens de moins de 21 ans n'ont représenté que 1,9% des minutes disputées en Serie A. À titre de comparaison, la Ligue 1 culmine à 7,8%. L'écart est stratosphérique. Avant même de parler de «cracks» , l'Italie n'offre plus de terrain d'expression à sa jeunesse. Un constat cinglant partagé par Massimo Oddo et Marco Amelia, qui pointent un système incapable de protéger ses espoirs.
Dans un championnat obsédé par l'urgence du résultat, les clubs ont abandonné la logique de construction. Lancer un jeune est devenu un risque, recruter une solution immédiate une règle. Cette stratégie assèche la sélection, quitte à voir un Luka Modric quadragénaire se balader encore sur les pelouses de Serie A. Les profils qui émergent sont appliqués, disciplinés, mais rarement décisifs. Là où l'Italie sortait autrefois des génies comme Francesco Totti ou Alessandro Del Piero, elle aligne désormais des joueurs interchangeables.
Un football à contretemps
Le football moderne impose un rythme et une intensité que toutes les grandes nations ont intégrés. Pressing constant, transitions éclairs, répétition des efforts : le jeu a muté. L'Italie, elle, semble coincée entre deux siècles. Elle n'a plus la maîtrise tactique absolue qui faisait sa force, sans avoir adopté les exigences physiques actuelles. Le décalage saute aux yeux sur le terrain avec peu d'ailiers percutants, peu de joueurs capables de casser les lignes et une pénurie de finisseurs qui devient gênante. Le meilleur buteur de l'histoire de la sélection reste Luigi Riva et ses 35 buts... marqués entre 1965 et 1974.
L'évolution manquée est frappante face aux voisins. L'Espagne a injecté de la vitesse avec Lamine Yamal ou Nico Williams. La France multiplie les profils capables de faire basculer un match sur une accélération. L'Angleterre, les Pays-Bas, le Portugal, tous proposent une grande variété de footballeurs. L'Italie, elle, peine à suivre. En dehors de Gianluigi Donnarumma et Nicolò Barella, la Botte n'a plus le moindre joueur que l'on pourrait qualifier de fuoriclasse. L'Euro 2021 a entretenu l'illusion, mais il a surtout masqué un retard qui n'a cessé de se creuser.
Un système refermé sur lui-même
Au-delà du terrain, c'est tout l'environnement italien qui accuse sérieusement le coup, à commencer par les infrastructures. Même la Juventus, longtemps colonne vertébrale du football italien, ne joue plus ce rôle. Entre 2007 et 2024, seuls six stades ont été construits ou rénovés en Italie, contre dix-neuf en Allemagne et douze en France. Ce retard pèse sur l'attractivité des clubs et la modernisation globale du jeu. En parallèle, la démographie joue contre le football : la population vieillit, la natalité recule et le nombre de pratiquants diminue, réduisant mécaniquement la base de recrutement.
Dans ce contexte, la question du vivier est vitale. L'Italie contemporaine est plus diverse, mais cette réalité ne se reflète pas encore dans la Nazionale. Des profils comme Mario Balotelli ou Moise Kean sont restés des exceptions plutôt que le fruit d'une dynamique. Le recours à des joueurs formés à l'étranger, comme Emerson Palmieri, Jorginho ou Mateo Retegui, trahit un manque de ressources internes criant. L'Italie ne manque pas de talents, elle manque d'un système capable d'en faire, à nouveau, des joueurs de classe mondiale.
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