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le 03/06/2026 à 16h30

Norvège : le grand saut dans l'inconnu

Norvège : le grand saut dans l'inconnu
La Norvège sera attendue au tournant lors du Mondial.
Après vingt-six ans d'absence dans une grande compétition, la Norvège s'apprête à disputer la Coupe du monde 2026 avec une génération enfin à la hauteur des promesses formulées depuis plusieurs années. Portés par Erling Haaland, Martin Ødegaard et une campagne qualificative parfaite, les Løvene avancent avec un statut flatteur. Peut-être même un peu trop.

La Norvège n'est plus une curiosité. Elle n'est plus seulement cette sélection intrigante, longtemps coincée entre la promesse d'une génération dorée et l'incapacité chronique à franchir le dernier obstacle. Cette fois, les Løvene sont bien là. Vingt-huit ans après leur dernière Coupe du monde, vingt-six ans après leur dernière apparition dans une grande compétition, les Scandinaves vont retrouver la lumière en Amérique du Nord.


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Et ils n'y arrivent pas sur la pointe des pieds. Huit victoires en huit matchs dans les éliminatoires, trente-sept buts inscrits, seulement cinq encaissés, une Italie corrigée à deux reprises et un Erling Haaland auteur de seize réalisations sur la campagne : la Norvège a gagné le droit d'être prise au sérieux. Reste une question centrale, presque dérangeante au regard de l'enthousiasme qui accompagne son retour et de sa place élevée dans les cotes du sacre final : cette équipe a-t-elle déjà l'épaisseur d'un outsider, ou seulement le profil parfait de l'épouvantail que personne ne souhaite croiser trop tôt ?

Une génération enfin arrivée à maturité

Il y a six ans, la Norvège apparaissait encore comme une promesse. Dans l'ombre historique de la Suède et du Danemark, deux nations scandinaves bien plus référencées, le pays nordique pouvait difficilement revendiquer une place majeure dans le football mondial. Trois participations au Mondial, un seul Euro disputé, quelques noms marquants mais aucune tradition durable au très haut niveau. Pourtant, l'émergence simultanée de Martin Ødegaard et d'Erling Haaland avait déjà changé la perspective. Pour la première fois depuis la génération Tore André Flo, John Arne Riise, John Carew ou Ole Gunnar Solskjaer, la Norvège pouvait imaginer autre chose qu'un rôle secondaire.

Depuis, la promesse a pris corps. Ødegaard est devenu capitaine d'Arsenal et de sa sélection, Haaland s'est imposé comme l'un des plus grands finisseurs de la planète, tandis que la génération autour d'eux s'est densifiée. Alexander Sørloth, Jørgen Strand Larsen, Antonio Nusa, Oscar Bobb, Andreas Schjelderup, Thelo Aasgaard, Sander Berge, Fredrik Aursnes, Julian Ryerson, Kristoffer Ajer ou Leo Østigård donnent à Ståle Solbakken une matière rare dans l'histoire norvégienne. Ce n'est plus seulement une sélection physique et rugueuse, mais une équipe avec du talent, de la puissance, des idées, des relais à plusieurs postes et une vraie variété offensive.

Une force de frappe qui écrase tout

La campagne qualificative a balayé les vieux doutes. La Norvège a signé un parcours parfait avec huit victoires en huit matchs, trente-sept buts marqués et seulement cinq encaissés. Le 3-0 infligé à l'Italie à Oslo a servi de bascule, avant le 11-1 contre la Moldavie, le 5-0 face à Israël, le 4-1 contre l'Estonie puis le 4-1 décroché à Milan pour valider le billet mondial. Après tant d'années à dépendre des autres ou à échouer sur le fil, les Løvene ont cette fois tracé leur route avec autorité. La Nazionale, pourtant dans l'attente d'un grand retour dans la plus belle des épreuves, a été martyrisée à l'aller comme au retour, symbole d'un rapport de force que personne n'aurait imaginé aussi net quelques années plus tôt.


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Au centre de tout, Haaland affiche des chiffres vertigineux : 55 buts en 49 sélections, dont seize durant ces éliminatoires. Mais cette puissance raconte aussi une dépendance. Avec Sørloth, auteur de 26 buts en 70 capes, le duo représente 81 buts sur les 117 inscrits par l'effectif retenu, soit près de 70% du total. Derrière, Nusa monte vite avec 7 buts en 22 sélections, Aasgaard intrigue avec 5 réalisations en 6 capes, Ødegaard organise davantage qu'il ne marque, tandis que Strand Larsen apporte un relais sans encore peser statistiquement comme en club. De quoi faire peur à tout le monde, pas forcément de quoi dissiper toutes les interrogations. Dans un tournoi, il faut parfois gagner quand le buteur principal est muselé, fatigué ou privé de ballons.

Premier grand rendez-vous pour Haaland et Ødegaard

Une cote d'outsider

C'est ce qui rend le regard porté sur la Norvège aussi intéressant. Depuis quelques jours, la sélection scandinave apparaît régulièrement très haut dans les cotes pour le sacre final, parfois autour du TOP 10 des prétendants. L'explication est évidente : Haaland, Ødegaard, une campagne parfaite, une Italie balayée deux fois, une attaque capable de faire exploser n'importe quel match et une dynamique qui tranche avec un quart de siècle d'échecs. Sur un huitième ou un quart de finale, personne n'aura envie de se retrouver face à une équipe capable d'aligner autant de bons joueurs qui brillent tous les week-ends ou presque sur les pelouses de Premier League.

Mais cette cote raconte peut-être l'histoire un peu trop vite. Être un épouvantail, ce n'est pas encore être un outsider confirmé. La Norvège n'est pas inexpérimentée en nombre de sélections, avec 760 capes cumulées et une moyenne de 29,2 par joueur, soit un total proche de la France, à 28,6, et pas si loin du Sénégal, à 34. Mais cette donnée reste trompeuse. Les Norvégiens ont accumulé du vécu en éliminatoires, en Ligue des Nations ou en amicaux, pas dans le feu d'un grand tournoi. Aucun joueur de cette génération n'a disputé un Euro ou une Coupe du monde. Or une compétition de ce niveau réclame autre chose qu'une dynamique : il faut gérer les temps faibles, les matchs fermés, l'attente, la pression d'un troisième match de groupe ou l'usure d'un tableau final.

L'épreuve du tournoi

C'est toute la différence avec le Sénégal, adversaire direct dans le groupe I avec la France et l'Irak. Les Lions de la Teranga ont grandi par étapes : Mondial 2018, élimination cruelle au fair-play, finale de CAN 2019, titre continental en 2022, huitième de finale au Mondial 2022 malgré l'absence de Sadio Mané et victoire sur le terrain lors de la dernière CAN (en attendant le verdict du TAS). Le Maroc a suivi une trajectoire comparable entre l'apprentissage de 2018 et l'explosion de 2022. Ces sélections ont connu les secousses, les désillusions, les matchs à haute tension et les rendez-vous qui construisent une équipe. La Norvège, elle, arrive presque directement dans la lumière après un long tunnel.

Le nouveau format lui offre certes une route de secours avec les huit meilleurs troisièmes qualifiés pour les seizièmes de finale. Dans une poule avec la France, vice-championne du monde, un Sénégal autrement plus rompu à ces rendez-vous et un Irak plus abordable mais à ne surtout pas négliger, ce filet de sécurité peut peser lourd. Mais il ne change pas le fond du problème. Les Løvene ont les armes pour empoisonner n'importe quel favori et faire très mal sur un match. Ils doivent désormais prouver qu'ils peuvent enchaîner, résister et assumer un statut que leur histoire récente ne leur a pas encore permis de construire. La Norvège est forte, c'est une certitude. Reste à savoir si elle peut brûler les étapes sans se brûler elle-même.

55 buts en 49 matchs avec la Norvège pour Haaland

+ La fiche de la Norvège pour le Mondial

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Par Youcef Touaitia, le 03/06/2026 à 16h30

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