

La Turquie n'est pas une habituée du Mondial, et c'est toute la particularité de son retour. Présente en 1954, immense surprise en 2002, absente depuis, elle réapparaît dans la plus grande compétition avec un statut forcément flou. Le souvenir de Reçber Rüstü, Ümit Davala, Hakan Sükür, Hasan Sas ou Ilhan Mansiz reste fort, mais il appartient à une autre époque. Cette fois, les Turcs ne reviennent pas pour rejouer une épopée vieille de vingt-quatre ans. Ils viennent surtout mesurer la valeur d'une génération qui a commencé à changer le regard porté sur cette sélection.
Le dernier Euro a servi de point de départ. Quart de finaliste en 2024, la Turquie a retrouvé une forme de crédibilité après plusieurs années d'irrégularité dans les grandes compétitions. Depuis, la dynamique s'est installée, avec une qualification obtenue par les barrages, une série de huit matchs sans défaite et deux succès en préparation contre la Macédoine du Nord puis le Venezuela. Rien qui transforme cette équipe en candidate évidente au dernier carré, mais assez pour comprendre pourquoi elle suscite autant de curiosité.
Une génération dense
Le premier argument turc tient évidemment au talent. Arda Güler et Kenan Yildiz incarnent cette nouvelle vague, au point de figurer tous les deux dans le TOP 10 des plus grosses valeurs de transfert selon le CIES. Voir deux joueurs turcs installés aussi haut dans un tel classement n'a rien d'anodin. Le milieu offensif du Real Madrid et l'attaquant de la Juventus donnent à leur sélection une dimension technique, créative et médiatique que la Turquie n'avait probablement jamais connue dans son histoire.
Mais réduire cette équipe à ses deux pépites serait trompeur. Autour d'eux, Vincenzo Montella dispose d'un socle beaucoup plus épais qu'il n'y paraît. Hakan Calhanoglu dépasse les 100 sélections et reste le capitaine, le régulateur et la référence d'expérience. Kaan Ayhan, Zeki Celik, Merih Demiral, Caglar Söyüncü, Orkun Kökçü, Kerem Aktürkoglu, Mert Müldür ou Ferdi Kadioglu apportent aussi un vrai vécu international. Même Güler et Yildiz, malgré leur jeunesse, approchent déjà les trente capes.
Un potentiel à canaliser
C'est ce mélange qui rend cette sélection dangereuse. Elle possède de la qualité entre les lignes, des joueurs capables d'accélérer sur les côtés, une menace sur coups de pied arrêtés et plusieurs profils capables de décider d'un match sur une inspiration. Güler peut organiser ou casser une ligne par une passe, Yildiz peut provoquer et finir, Calhanoglu peut dicter le tempo, tandis que Baris Alper Yilmaz, Kerem Aktürkoglu ou Can Uzun ajoutent de la profondeur et du déséquilibre. Dans un groupe avec l'Australie, le Paraguay et les États-Unis, ces armes peuvent suffire à viser une qualification, voire davantage si le tableau s'ouvre.
Le revers existe pourtant. La Turquie reste une équipe capable d'alterner temps forts impressionnants et pertes de contrôle. Sa défense demeure le secteur le plus exposé, avec des latéraux souvent attirés vers l'avant et une structure parfois fragile à la transition. La lourde défaite à domicile contre l'Espagne (0-6) en qualifications a rappelé que le très haut niveau pouvait encore punir ses déséquilibres. L'absence d'un vrai numéro 9 de référence comme la légende Hakan Sükür pose aussi question dans les matchs fermés, quand le talent des milieux et des ailiers ne suffit plus à créer des espaces.
L'épreuve de la maîtrise
C'est là que le rôle de Montella devient central. Depuis son arrivée, le sélectionneur italien a apporté davantage de discipline, de modernité et de cohérence à une équipe longtemps associée à l'émotion pure, comme cet Euro 2008 complètement fou. Son discours avant le Mondial va dans ce sens : pas d'excuses, malgré les voyages, les conditions climatiques ou l'adaptation nécessaire. La Turquie sait qu'elle a du talent. Elle doit maintenant prouver qu'elle peut rester compacte, lucide et régulière dans un tournoi où chaque trou d'air peut coûter cher.
Son plafond est donc difficile à fixer. Une élimination dès la phase de groupes serait une vraie déception, compte tenu du tirage et de la qualité de l'effectif. Un huitième de finale apparaît comme un objectif logique, un quart comme une ambition crédible si les cadres répondent présent et si les jeunes assument leur statut. Plus haut, il faudrait une forme de déclic, cette capacité à transformer le feu turc en maîtrise durable. La Turquie n'est pas favorite, mais elle n'a rien d'une invitée décorative. Elle est peut-être l'une des inconnues les plus excitantes de cette Coupe du monde.
Quel parcours pour la Turquie lors de la Coupe du monde ? N'hésitez pas à réagir et débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» ...