

On avait quitté les Bleus mardi dernier sous le doux soleil du MetLife Stadium, près de New York. 24 degrés, un ciel calme, une entrée réussie face au Sénégal (3-1) : à distance, cela ressemblait presque à une parenthèse agréable pendant que la France basculait dans une vague de chaleur épouvantable dont on ne mesurait pas encore la durée. Le décor a changé lundi, au moment de retrouver les Tricolores à Philadelphie.
Le ciel était bas, l'air lourd, chargé de cette tension qu'on ressent avant même de voir le premier éclair. En arrivant en ville, cinq heures avant le coup d'envoi, un vent continu balayait les rues sans jamais rafraîchir l'atmosphère. Rien de comparable avec la canicule française - la météo insupportable qui nous était annoncée en amont du tournoi se révèle finalement assez clémente -, mais l'électricité dans l'air était palpable.
De l'électricité dans l'air
Une heure plus tard, nous avions franchi les portiques de sécurité du Lincoln Financial Field, au sud de la ville, et nous avons eu raison de prévoir large : le protocole d'entrée (du public, entre autres) dans l'enceinte a été retardé par une première alerte diffusée sur les écrans géants du stade. Premier doute : et si le match ne débutait pas à l'heure prévue ? «Un violent orage approche. Veuillez quitter les zones de places en plein air et vous mettre à l'abri dans le stade, en suivant les instructions du personnel», était-il indiqué. Fausse alerte, finalement : aucun éclair n'ayant été détecté dans un rayon de 13 kilomètres dans les 30 minutes suivantes, les restrictions ont été levées. Mais les cieux menaçaient toujours.
Un ciel menaçant avant le coup d'envoi de France-Irak

Les 68 324 spectateurs ont pu progressivement pénétrer dans l'habituelle demeure des Eagles, l'équipe de football américain de Philadelphie. Malgré la météo hostile, la rencontre a bien démarré à 17 heures, comme prévu. Mais assez vite, une autre question s'est imposée : non plus de savoir si le match allait être interrompu, mais quand. En tribune de presse, chacun avançait son estimation. Personne n'osait imaginer que la soirée irait à son terme sans incident. En arrière-plan d'une tribune, la skyline de Philadelphie est devenue un bulletin météo grandeur nature. Peu à peu, les immeubles ont perdu leurs contours, absorbés par un voile gris. À 17h37, le rideau tombe.
La première période s'est terminée sous le déluge

Arrosage pour tout le monde
La pluie s'abat d'un coup sur le Lincoln Financial Field. Les dernières minutes de la première période se jouent sous des averses de plus en plus violentes. Dans les gradins, tout le monde s'active, à la recherche d'un poncho, vêtement star de la soirée, ou à défaut, d'un abri dans les coursives. Lesquels se retrouvent bondés à la mi-temps, lorsque les écrans géants communiquent une nouvelle alerte orage, dès le coup de sifflet, invitant les spectateurs à quitter leur siège. Le stade se vide en cinq minutes.
Les tribunes ont rapidement été évacuées à la mi-temps après l'alerte orage

Certains supporters français font de la résistance, dansent sous la flotte, mais sont finalement rappelés dans les coursives par la sécurité, sans imaginer qu'ils vont y passer plus de deux heures, et sous la pluie quand même, puisque l'inclinaison des gouttes se transforme en douche générale pour plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Deux supportrices croisées en toute fin de soirée à la gare routière plongent leur main dans une épaisse couche d'eau en attrapant leur téléphone dans leur sac à main.
Douche pour tous !

L'Équipe a bouclé son journal à 1-0
Sous des torrents d'eau, nous rejoignons une tribune fermée - quel luxe, cette fois-ci -, et patientons au rythme des éclairs retardant toujours un peu plus le coup d'envoi de la seconde période. On nous annonce d'abord une reprise à 18h15, après une mi-temps de 30 minutes. Puis 19h. Puis 19h30. Puis 19h50. Ce sera finalement 20 heures, soit 2 heures du matin en France. Nos confrères de L'Équipe, rattrapés par l'heure du bouclage, n'ont pas pu attendre le dénouement.
En ouvrant le journal ce mardi matin, les lecteurs ont découvert une réalité parallèle, où la France menait toujours 1-0 à la pause. À Philadelphie, le football a fini par reprendre ses droits, mais pendant plus de deux heures, il avait disparu derrière un mur d'eau. Le match a finalement pris fin à 20h47 heure locale, donc 2h47 en France, soit 3 heures et 47 minutes après le coup d'envoi. Orage, ô désespoir !
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