

Il y a des défaites qui pèsent lourd, et d'autres qui installent une équipe dans l'histoire. Celle du Cap-Vert contre l'Argentine appartient clairement à la deuxième catégorie. Les Requins bleus n'ont pas éliminé les champions du monde, mais ils les ont regardés dans les yeux, les ont poussés en prolongation, les ont fait douter jusqu'aux dernières minutes, et ont rappelé pourquoi la Coupe du monde reste une compétition à part.
On parle d'une sélection qui découvrait le tournoi, d'un petit pays de l'Atlantique, absent de la dernière CAN, et qui s'est retrouvé à quelques gestes d'un des plus grands coups de tonnerre de l'histoire du football.
Un petit qui a joué comme un grand
Le plus remarquable, c'est que le Cap-Vert n'a pas seulement résisté. Il a joué. L'Argentine a dominé, bien sûr, avec 64% de possession, 22 tirs, 10 cadrés et un Lionel Messi encore décisif, mais les hommes de Bubista ne se sont jamais contentés d'attendre la fin. Ils ont frappé 16 fois, cadré 5 tentatives, obtenu autant de corners que l'Albiceleste et, surtout, égalisé deux fois. Deroy Duarte a d'abord répondu à La Pulga en seconde période, avant que Sidny Lopes Cabral ne signe l'un des buts du tournoi d'une frappe splendide dans la lucarne opposée en prolongation. À ce moment-là, le rêve n'était plus une image. Il était presque palpable.
Cette équipe aurait pu fermer la boutique, poser un mur, survivre en espérant un miracle. Elle a fait autre chose. Comme face à l'Espagne (0-0), à l'Uruguay (2-2) ou à l'Arabie Saoudite (0-0), elle a assumé ses limites sans renoncer à son ambition. Aucun de ses adversaires n'a réussi à la battre dans le temps réglementaire durant ce Mondial. Ni l'Espagne, ni l'Uruguay, ni l'Argentine. Pour une première participation, c'est vertigineux. Le Cap-Vert n'a pas gagné un match dans cette Coupe du monde, mais il a gagné quelque chose de plus rare : le respect immédiat de tous ceux qui l'ont regardé, d'où qu'ils soient.
Une équipe avec une âme
Cette aventure a aussi et surtout montré la force d'un groupe. Vozinha, 40 ans, a encore multiplié les arrêts, notamment face à Messi. Les défenseurs ont souffert sans se cacher. Les milieux ont couru, pressé, gratté, ressorti des ballons sous pression. Les attaquants ont parfois manqué de justesse, mais jamais de courage. Il y avait chez cette équipe une dalle évidente, une vraie volonté de ne pas simplement participer. Le Cap-Vert a joué avec le coeur, mais pas seulement avec le coeur : il a aussi montré une qualité technique, une personnalité et une capacité à rester fidèle à lui-même même quand le match semblait lui échapper.
C'est pour cela que cette élimination laissera une trace. Pas parce que l'Argentine a tremblé une heure ou parce que Messi a dû encore sauver les siens. Mais parce que le Cap-Vert a donné une leçon d'ambition à toutes les petites nations. On peut être moins riche, moins expérimenté, moins armé individuellement, et refuser quand même de jouer petit. Bubista a résumé l'essentiel en parlant d'un match qui rend «digne» son pays. Le Cap-Vert quitte le Mondial sans exploit au tableau d'affichage, mais avec une place immense dans les mémoires. Il n'a pas battu l'Argentine. Il a fait beaucoup plus que perdre contre elle.
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