

L'équipe de France ne se cache plus. Six matchs, six victoires, seulement deux buts encaissés et une troisième rencontre consécutive sans prendre de but depuis le début de la phase éliminatoire. Après la Suède (3-0), le Paraguay (1-0) et le Maroc (2-0), les Bleus donnent moins l'impression de négocier leurs matchs que de les broyer progressivement. Le tableau peut encore se durcir, surtout si l'Espagne valide son billet contre la Belgique, mais une chose est déjà claire : personne n'a encore réellement réussi à ouvrir cette équipe.
Ce sentiment de puissance, les joueurs semblent l'avoir parfaitement intégré. Selon L'Équipe, le groupe s'est même attribué un nouveau surnom en interne, celui des «méchants» . Une formule qui colle bien à ce que cette France dégage depuis trois semaines. Pas une équipe sale, ni provocatrice, mais un bloc qui ne veut rien laisser, qui défend avec férocité, qui attaque avec ambition et qui donne parfois l'impression d'entrer sur le terrain avec une idée simple. Peu importe l'adversaire, il faudra le faire plier.
Un bulldozer collectif
Les chiffres depuis le début de la phase à élimination directe montrent très bien cette domination. Contre la Suède, les Bleus ont généré 3,24 expected goals contre 0,7 concédé. Face au Paraguay, le match a été plus fermé, mais l'adversaire n'a produit que 0,13 xG. Contre le Maroc, attendu comme le premier vrai piège émotionnel et tactique, la France a encore frappé fort avec 3,05 xG créés pour seulement 0,14 concédé. Au total, sur ses trois matchs couperets, l'équipe de Didier Deschamps a fabriqué 7,74 xG et n'en a concédé que 0,97. Ce n'est pas seulement solide. C'est étouffant.
Cette supériorité ne repose pas uniquement sur Kylian Mbappé, même si le capitaine reste le joueur qui change tout dans les zones décisives. Dayot Upamecano et William Saliba dominent derrière, Jules Koundé et Lucas Digne ferment leurs couloirs, Manu Koné avale le terrain, Adrien Rabiot équilibre, Ousmane Dembélé, Désiré Doué et Michael Olise répètent les courses de compensation. Tout le monde travaille, tout le monde court, tout le monde accepte l'effort. C'est peut-être ce qui rend cette France si effrayante. Hors Mbappé, Deschamps peut changer deux ou trois éléments sans donner le sentiment de fragiliser l'édifice.
Une confiance qui déborde
Le plus frappant, au-delà des résultats, c'est la confiance qui s'est installée. Après le Maroc, Rabiot a assuré que les Bleus n'avaient jamais vraiment eu peur. Interrogé sur une possible demi-finale contre l'Espagne, le milieu français n'a pas esquivé. «L'Espagne, ce serait beau, une belle revanche, une belle demie» , a lancé le métronome de l'AC Milan, avant de rappeler la conviction du groupe. Ce discours dit beaucoup de l'état d'esprit tricolore. Les Bleus savent qu'ils sont attendus, savent qu'ils sont devenus l'équipe à abattre, et semblent presque réclamer le défi suivant.
Rien n'est encore gagné, évidemment. L'Espagne, si elle passe, proposera autre chose, avec sa maîtrise, sa défense imperméable et sa capacité à priver l'adversaire du ballon. Plus loin, l'Angleterre, la Norvège, l'Argentine ou la Suisse auront aussi leurs arguments. Mais pour l'instant, la France avance comme le bulldozer du tournoi. Elle ne s'ouvre presque jamais, ne panique pas, gagne ses duels et finit par user tout ce qui se présente. Les Bleus ne sont pas champions du monde. Mais à ce stade, ils ressemblent déjà aux «méchants» que tout le monde va vouloir faire tomber.
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