

Neuf buts marqués, aucun encaissé et une qualification obtenue aux dépens du Portugal, l'un des prétendants au titre. Le parcours espagnol ne présente rien d'inquiétant sur le papier. Pourtant, la sélection de Luis de la Fuente peine encore à susciter le même enthousiasme que lors de son sacre européen en 2024.
Privée de Nico Williams et portée par un Lamine Yamal encore loin de son meilleur niveau, la Roja a perdu une partie de sa folie offensive. Mais l'histoire espagnole rappelle qu'en Coupe du monde, la version la plus séduisante n'est pas forcément la plus redoutable.
Une emprise presque totale
L'Espagne ne se contente pas de garder ses cages inviolées. Avec désormais 609 minutes consécutives sans encaisser en Coupe du monde, un record absolu, elle empêche presque ses adversaires d'approcher du but d'Unai Simon. En cinq rencontres dans cette édition, la Roja n'a concédé que cinq tirs cadrés et environ 1,5 expected goal. Le Cap-Vert n'a produit qu'une tentative cadrée, l'Arabie Saoudite également, tandis que l'Autriche n'a jamais trouvé le cadre malgré cinq essais. Même le Portugal, pourtant richement armé offensivement, a été limité à deux frappes cadrées en huitièmes de finale. La victoire obtenue dans le temps additionnel grâce à Mikel Merino était étriquée, mais la maîtrise espagnole ne souffrait guère de contestation.
Cette solidité ne repose pas sur un bloc bas ou sur une équipe recroquevillée autour de sa surface. La championne d'Europe se protège avec le ballon, enferme l'adversaire dans son camp et récupère rapidement après chaque perte. Son emprise peut parfois manquer de tranchant, comme contre le Cap-Vert malgré 27 tirs et 2,1 expected goals, ou lors d'un match fermé face à l'Uruguay. Mais elle offre une sécurité précieuse dans une compétition où la moindre erreur peut être fatale. Lorsque l'adversaire ne marque pas, un mouvement collectif, un coup de pied arrêté ou une inspiration tardive suffit pour avancer.
Le précédent de 2010
Le paradoxe n'est pas nouveau. L'Espagne de 2008 et celle de 2012 ont davantage régalé par leur maîtrise technique et leur virtuosité collective. Pourtant, la seule Roja devenue championne du monde reste celle de 2010, sans doute la plus froide et la plus hermétique de cette génération exceptionnelle. Malgré Xavi, Andrés Iniesta, David Villa, Xabi Alonso ou Fernando Torres, la sélection de Vicente del Bosque n'avait inscrit que huit buts en sept matchs. Elle avait surtout remporté ses quatre rencontres à élimination directe sur le même score de 1-0, contre le Portugal, le Paraguay, l'Allemagne puis les Pays-Bas. Pas toujours spectaculaire, mais impossible à faire tomber.
La version 2026 possède moins de dynamiteurs que celle sacrée à l'Euro deux ans plus tôt. L'absence de Nico Williams permet aux défenses de concentrer davantage leur attention sur Yamal, sans craindre autant d'être étirées sur l'aile opposée. Alex Baena apporte de la qualité entre les lignes, mais pas la même percussion ni la même capacité à épuiser un latéral. La Roja aura probablement besoin de retrouver son phénomène à son meilleur niveau pour aller au bout, à commencer par un quart de finale loin d'être gagné face à une Belgique qui possède la troisième meilleure attaque du tournoi. Mais son socle est déjà en place. L'Espagne qui régale fait peur. Celle qui ne concède rien a déjà prouvé qu'elle pouvait gagner la Coupe du monde.
Cette Espagne peut-elle aller au bout du Mondial ? N'hésitez pas à réagir et à débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» ...