

Il reste encore trois rencontres pour désigner le champion du monde, mais le principal enseignement du tournoi est déjà connu : les favoris ont verrouillé le dernier carré. Aucun parcours inattendu ne peut donc encore bouleverser le bilan des outsiders, dont la compétition est désormais terminée. Entre révélations collectives, exploits historiques et immenses désillusions, certaines sélections ont largement dépassé les attentes quand d'autres ont quitté l'Amérique du Nord avec un sentiment de gâchis.
LES TOPS
1. La Norvège, battue en quart de finale par l'Angleterre
Pour son premier grand tournoi depuis l'Euro 2000, la Norvège pouvait craindre de payer son inexpérience. Elle quitte finalement la compétition après avoir remporté quatre rencontres, atteint le premier quart de finale mondial de son histoire et poussé l'Angleterre jusqu'en prolongation. Les Løvene ont surtout signé l'un des exploits majeurs de cette édition en éliminant le Brésil (2-1), grâce à un doublé tardif d'Erling Haaland. Avec sept buts, l'attaquant de Manchester City a parfaitement assumé son statut, tandis qu'Andreas Schjelderup, Antonio Nusa ou Oscar Bobb ont confirmé la profondeur de cette génération. Même face aux Three Lions, les Scandinaves ont ouvert le score, se sont vu refuser un but et ont longtemps donné l'impression de pouvoir atteindre le dernier carré.
Ce parcours a également provoqué une ferveur rarement observée autour de la sélection norvégienne. De Times Square aux rues d'Oslo, le «Viking row» , cette chorégraphie imitant les coups de rame d'un équipage, est devenu l'une des images du tournoi. Des milliers de supporters l'ont encore reproduit devant le palais royal à deux heures du matin après l'élimination, entre chants, fumigènes et feux d'artifice. Les maillots rouges étaient même devenus introuvables dans plusieurs boutiques avant le quart de finale. La Norvège n'a pas seulement réussi sa Coupe du monde : elle a recréé un lien puissant entre une équipe et un pays qui attendait ce moment depuis près de trois décennies.
La Norvège, la meilleure des «autres» équipes

2. Le Cap-Vert, éliminé en seizième de finale par l'Argentine
Le Cap-Vert n'a remporté aucun match, mais son parcours reste exceptionnel. Pour sa première participation, le pays d'environ 500 000 habitants a terminé invaincu dans un groupe comprenant l'Espagne, l'Uruguay et l'Arabie Saoudite. Après avoir tenu la Roja en échec (0-0), les Requins Bleus ont remonté deux buts à la Celeste (2-2), puis validé leur qualification contre les Faucons (0-0). Seul néophyte à atteindre la phase à élimination directe, le 67e pays au classement FIFA a ensuite obligé l'Argentine, tenante du titre, à disputer 120 minutes pour éviter l'un des plus grands séismes de l'histoire du tournoi. Rien que ça.
Menés à deux reprises, les Cap-Verdiens sont revenus grâce à Deroy Duarte puis à Sidny Lopes Cabral, auteur d'un enroulé exceptionnel dans la lucarne pour égaliser à 2-2 en prolongation. Peut-être la réalisation du tournoi. Ils ont seulement cédé sur un but contre son camp avant de se procurer une dernière occasion sur coup franc. Déjà héroïque contre l'Espagne, Vozinha est devenu une vedette mondiale, passant de quelques dizaines de milliers d'abonnés à quasiment 30 millions sur Instagram. Une nouvelle espèce d'escargot marin a même été baptisée en son honneur. À leur retour, les joueurs ont été accueillis par des milliers de personnes dans les rues de Praia, le jour de la fête de l'indépendance. Difficile d'imaginer un baptême plus marquant.
Vozinha, l'homme aux 30 millions d'abonnés

3. La Suisse, sortie en quart de finale par l'Argentine
La Suisse n'avait plus atteint les quarts de finale depuis l'édition organisée sur son sol en 1954. Elle a mis fin à cette attente en sortant la Colombie au terme d'un huitième particulièrement fermé, marqué par la première séance de tirs au but remportée de son histoire au Mondial, quelques jours après avoir éliminé l'Algérie sans forcer. Sans proposer le football le plus spectaculaire, la Nati a encore démontré sa capacité à rester en vie dans les rencontres à haute tension, avec une organisation solide, un milieu capable de répondre dans l'intensité et une défense rarement prise de vitesse.
Face à l'Argentine, les Helvètes ont ensuite offert une résistance remarquable. Menés après un but d'Alexis Mac Allister, ils ont progressivement pris confiance et égalisé par Dan Ndoye, avant de perdre Breel Embolo sur une expulsion très contestée. Réduite à dix pendant une grande partie de la fin de match et de la prolongation, la Suisse a tenu jusqu'à la 112e minute, moment choisi par Julian Alvarez pour débloquer la situation d'une frappe splendide. Le 3-1 final ne reflète pas totalement l'équilibre de la rencontre. Sans cette décision arbitrale ou avec davantage de réussite, le dernier carré n'était pas inaccessible pour la bande à Murat Yakin.
Révélation du Mondial, Johan Manzambi a terriblement manqué contre l'Argentine

4. La Belgique, stoppée en quart de finale par l'Espagne
La Belgique abordait le tournoi avec beaucoup moins de certitudes que lors des éditions précédentes suite à son crash monumental au Qatar et un dernier Euro particulièrement poussif. Sa génération dorée appartenait au passé, Kevin De Bruyne n'étant plus incontournable, Romelu Lukaku très loin de sa meilleure forme, alors que Rudi Garcia devait intégrer plusieurs nouveaux visages autour de cadres vieillissants. Après des nuls contre l'Égypte (1-1) et l'Iran (0-0), les Diables Rouges ont assuré la première place de leur groupe en écrasant la Nouvelle-Zélande (5-1), avant de monter en puissance au fil des rencontres.
Leur parcours restera surtout associé à deux performances impressionnantes. Menée 2-0 par le Sénégal à cinq minutes de la fin, la Belgique a renversé les Lions de la Teranga pour s'imposer 3-2 après prolongation. Elle a ensuite corrigé les États-Unis (4-1) devant leur public, avec un doublé de Charles De Ketelaere, lors de sa prestation la plus aboutie. Avec 13 buts inscrits et 107 tirs tentés, le meilleur total du tournoi avant les demi-finales, les Belges ont produit bien davantage que prévu. Ils n'ont finalement cédé qu'à la 88e minute contre l'Espagne (1-2), après avoir perdu Youri Tielemans avant le coup d'envoi puis Thibaut Courtois en cours de match. Sans redevenir la Belgique de 2018, cette équipe en transition a retrouvé une vraie compétitivité.
Rudi Garcia a redonné vie aux Diables Rouges

5. L'Égypte, barrée en huitième de finale par l'Argentine
Le premier tour des Pharaons n'a pas toujours été emballant. L'Égypte a souvent avancé avec prudence et éprouvé des difficultés à imposer son jeu, mais elle n'a perdu aucun match durant la phase de groupes. Mostafa Shobeir s'est notamment distingué par plusieurs arrêts décisifs, dont un penalty repoussé contre l'Iran (1-1), pour permettre à sa sélection de poursuivre son parcours. Face à l'Australie (1-1, 4-2 tab), les Égyptiens – portés par un Emam Ashour qui s'est révélé aux yeux du monde – ont ensuite remporté la première rencontre à élimination directe de leur histoire au Mondial, en s'imposant aux tirs au but après un match fermé.
Ils ont surtout offert l'une des plus grandes frayeurs du tournoi à l'Argentine. En huitièmes de finale, l'Égypte a mené 2-0 contre la championne du monde en titre avant de subir son réveil et de s'incliner 3-2. Cette incapacité à préserver un avantage aussi précieux laisse forcément des regrets, mais les Pharaons ont enfin donné un relief mondial à une sélection dont les sept titres africains contrastaient avec l'absence de parcours marquant dans la compétition reine. Il ne s'agit pas d'une épopée comparable à celles de la Norvège ou du Cap-Vert, mais le plafond historique a clairement été relevé.
Emam Ashour, star égyptienne du Mondial

Ils auraient également pu être cités :
Le Mexique a remporté ses quatre premières rencontres sans encaisser le moindre but, avec notamment un succès contre l'Équateur (2-0) qui lui a offert sa première victoire dans un match à élimination directe depuis 1986. El Tri a ensuite rivalisé avec l'Angleterre dans un huitième spectaculaire perdu 3-2, malgré une forte pression exercée en fin de rencontre. Mais pour un pays organisateur, atteindre ce stade constituait une attente raisonnable.
Le Paraguay a réalisé un exploit immense contre l'Allemagne et a été le seul troisième de groupe à franchir un tour supplémentaire. Son approche systématiquement destructrice, son faible contenu offensif et plusieurs comportements contestables, comme la dégradation du point de penalty contre la France, empêchent néanmoins de présenter sa campagne comme une réussite totalement positive.
LES FLOPS
1. L'Allemagne, éliminée en seizième de finale par le Paraguay
La Nationalmannschaft pensait avoir laissé derrière elle les traumatismes de 2018 et 2022. Les progrès réalisés sous Julian Nagelsmann, la qualité de son milieu et l'éclosion de plusieurs jeunes talents autorisaient même certains observateurs à la placer parmi les principaux outsiders. Son entrée en matière, avec un 7-1 contre Curaçao, semblait confirmer cette montée en puissance, avant une victoire arrachée dans les derniers instants face à la Côte d'Ivoire (2-1). Malgré une défaite contre l'Équateur (1-2) lors de la dernière journée, l'Allemagne a tout de même terminé en tête de sa poule.
La rechute n'en a été que plus brutale. Opposée au Paraguay, troisième de son groupe et presque uniquement concentré sur la destruction du jeu adverse, la sélection allemande n'a jamais réussi à imposer durablement son rythme. Tenue en échec durant 120 minutes, elle a finalement cédé aux tirs au but. Elle reste la seule première de poule éliminée par un troisième lors de ces seizièmes de finale. Surtout, l'Allemagne enchaîne désormais une troisième Coupe du monde sans même atteindre les huitièmes, après ses sorties dès le premier tour en Russie et au Qatar. Pour une nation quadruple championne du monde, la crise ne peut plus être présentée comme un simple accident.
Encore un Mondial raté pour l'Allemagne...

2. Le Sénégal, renversé en seizième de finale par la Belgique
Champion d'Afrique – sur le terrain – quelques mois plus tôt, le Sénégal devait confirmer qu'il avait définitivement rejoint le premier cercle des sélections du continent. Son expérience semblait constituer un avantage majeur dans un groupe comprenant une Norvège privée de grand tournoi depuis 2000. Les Lions de la Teranga ont pourtant perdu leurs deux premières rencontres contre la France (1-3) puis les Scandinaves (2-3), après avoir encore encaissé un doublé d'Erling Haaland. Une entame indigne de leur statut et qui les a immédiatement placés au bord de l'élimination.
Le 5-0 infligé à l'Irak, réduit à dix dès la 13e minute, leur a permis d'arracher la dernière place parmi les huit meilleurs troisièmes. Avec seulement trois points, le Sénégal a été le seul qualifié de cette catégorie à présenter un bilan aussi faible. Sa sortie contre la Belgique a résumé tout son tournoi. Dominateurs pendant une heure et encore devant 2-0 à la 85e minute, les Sénégalais ont totalement perdu le contrôle pour s'incliner 3-2 après prolongation. Quelques jours après l'élimination, la Fédération a décidé de se séparer de Pape Thiaw. Preuve que ce parcours a été perçu comme un véritable échec, pas comme une simple sortie prématurée.
Le Sénégal s'est complètement crashé contre la Belgique

3. La Turquie, éliminée dès la deuxième journée
Le retour de la Turquie, vingt-quatre ans après sa troisième place de 2002, avait suscité une véritable attente. Avec Hakan Calhanoglu, Kenan Yildiz, Arda Güler, Can Uzun et plusieurs joueurs installés dans de grands clubs européens, les hommes de Vincenzo Montella semblaient disposer de suffisamment de créativité et de talent pour sortir de leur groupe. Leur capacité à garder le ballon n'a d'ailleurs pas été le principal problème : avec 58% de possession moyenne, ils figurent parmi les équipes ayant le plus contrôlé le ballon dans cette Coupe du monde. Mais cette domination, avec plus de soixante tirs sur les deux premiers matchs, s'est révélée totalement stérile.
Battue lors de ses deux premières rencontres, la Turquie était déjà éliminée avant la dernière journée. La défaite contre le Paraguay (0-1), sur un but de Matias Galarza inscrit après seulement 64 secondes — le plus rapide du tournoi — a symbolisé son incapacité à entrer dans la compétition et à réagir face à un adversaire regroupé. La victoire finale contre les États-Unis (3-2), obtenue sans aucun enjeu, a seulement montré ce que cette équipe aurait pu proposer avec davantage de caractère et de maîtrise. Commencer son Mondial lorsque tout est déjà terminé constitue l'un des plus gros gâchis de cette édition.
La Turquie, un petit tour et puis s'en va

4. L'Uruguay, rentrée chez elle avec deux petits points
L'Uruguay présentait pourtant un effectif séduisant. Federico Valverde, Manuel Ugarte ou Rodrigo Bentancur donnaient de la densité au milieu, tandis que Darwin Nuñez et plusieurs attaquants évoluant dans les grands championnats européens devaient apporter suffisamment de buts. Avec Marcelo Bielsa sur le banc, la Celeste semblait également disposer d'une identité claire et de l'intensité nécessaire pour jouer un rôle intéressant dans un groupe dominé par l'Espagne et largement à sa portée pour accrocher a minima une place parmi les meilleurs troisièmes.
Elle termine pourtant le tournoi sans la moindre victoire. Accrochée par l'Arabie Saoudite (1-1), l'Uruguay a ensuite mené à deux reprises contre le Cap-Vert sans jamais réussir à conserver son avantage (2-2). La défaite contre l'Espagne (0-1) l'a condamnée avec seulement deux points. Même le format élargi, qui permettait à huit troisièmes sur douze de poursuivre la compétition, n'a pas suffi. Devancée par des sélections battues à deux reprises, la Celeste n'a jamais retrouvé l'agressivité ni la capacité à faire basculer les matchs qui constituaient traditionnellement son identité. Un nouvel échec retentissant pour El Loco.
Marcelo Bielsa n'a pas trouvé la formule avec la Celeste

5. Le Brésil, fauché en huitième de finale par la Norvège
Le Brésil n'a pas sombré et son contenu rend son cas plus nuancé que celui des quatre équipes précédentes. La Seleção a parfois produit un football intéressant, notamment lors de sa victoire contre le Japon (2-1), avec l'émergence de Rayan et Endrick. Face à la Norvège, elle a également créé suffisamment de situations pour espérer passer. Avec 10,88 buts attendus sur l'ensemble de son tournoi, le deuxième total de la compétition avant les demi-finales, et 90% de passes réussies, les hommes de Carlo Ancelotti n'ont pas été balayés ou dominés de manière constante.
Mais un Brésil ne se juge jamais uniquement sur son contenu. Plus réaliste, la Norvège a puni les errements défensifs de la Seleção pour s'imposer 2-1. Le quintuple champion du monde a ainsi quitté la compétition avant les quarts de finale pour la première fois depuis 1990. L'arrivée d'Ancelotti devait permettre de retrouver de la maîtrise et de viser un sixième sacre. Elle n'a pas empêché une nouvelle élimination face au premier adversaire suffisamment solide rencontré dans le tableau final. Le tournoi n'a rien d'un naufrage, mais le résultat reste très éloigné des ambitions brésiliennes.
Neymar ne remportera jamais le Mondial

Ils auraient également pu être cités :
Le Portugal n'a jamais donné l'impression de pouvoir aller au bout malgré l'un des effectifs les plus riches du tournoi. Accrochée par la RD Congo (1-1), dominée par la Colombie (0-0) puis qualifiée dans la polémique contre la Croatie (2-1), la Seleção a cédé contre l'Espagne sur un but tardif (0-1), sans parvenir à réellement inquiéter son voisin. Son parcours reste toutefois moins catastrophique que ceux du TOP 5.
L'Équateur, qui n'avait encaissé que cinq buts en dix-huit matchs durant les éliminatoires sud-américains, a battu l'Allemagne mais également concédé un 0-0 contre Curaçao, avant de sortir sans véritable révolte contre le Mexique (0-2). Une déception réelle au regard des promesses défensives, mais pas un fiasco complet grâce à son succès de prestige face à la Nationalmannschaft.
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