

Il n'a pas encore annoncé sa retraite internationale. Mais si Cristiano Ronaldo ne devait plus porter le maillot du Portugal, difficile d'imaginer des adieux plus éloignés de ceux auxquels son immense carrière semblait le destiner. À 41 ans, le quintuple Ballon d'Or a quitté le rassemblement en pleine tension avec Jorge Jesus après avoir très mal vécu son déclassement.
Le sélectionneur et le président de la Fédération Pedro Proença auraient même tenté de le retenir avant son départ de Copenhague. Une séquence étonnante pour un monument qui disposait depuis longtemps de toutes les cartes pour choisir lui-même sa sortie.
Partir avant qu'il ne soit trop tard
Philipp Lahm avait choisi la méthode la plus radicale. Champion du monde et capitaine de l'Allemagne en 2014, encore incontournable au Bayern Munich, le latéral droit avait décidé à seulement 30 ans de quitter la Nationalmannschaft après son sacre au Maracanã. Il aurait pu continuer plusieurs années. Il préféra partir au sommet et laisser la place aux suivants. Pelé avait effectué un choix comparable dans un autre contexte. Un an après son troisième titre mondial en 1970, le Brésilien avait également refermé son histoire avec la Seleção à tout juste 30 ans, alors que tout un pays aurait souhaité prolonger l'aventure.
Lionel Messi a emprunté une voie différente. Son histoire avec l'Argentine ne s'est pas terminée sur un deuxième titre mondial consécutif puisque l'Albiceleste a perdu la finale 2026 contre l'Espagne. Mais après avoir enfin remporté la Copa América à deux reprises et le Mondial 2022, La Pulga a pu aborder ses dernières années sans que son statut ne devienne un poids pour sa sélection. La différence avec Ronaldo se situe peut-être déjà là. Partir ne signifie pas nécessairement attendre de ne plus pouvoir jouer. Cela consiste parfois à sentir que le moment est venu avant que le débat sur sa présence ne prenne le pas sur tout le reste.
Des sorties incontrôlées pour certaines légendes
D'autres légendes n'ont pas eu cette maîtrise. Diego Maradona a disputé son dernier match avec l'Argentine au Mondial 1994 avant d'être exclu après un contrôle antidopage positif. Lothar Matthäus a prolongé jusqu'à 39 ans pour terminer sur une débâcle contre le Portugal (0-3) à l'Euro 2000. Le scandale pour l'un, le tournoi de trop pour l'autre. Zinedine Zidane a lui quitté la scène sur son coup de tête à Marco Materazzi en finale du Mondial 2006. Un cas à part : son départ était annoncé et son immense tournoi avait porté la France jusqu'en finale. Ce dernier geste a davantage nourri la dimension tragique de sa légende que l'image d'un joueur refusant de passer la main.
Ruud Gullit offre probablement le précédent le plus proche de Ronaldo. Ballon d'Or et capitaine des Pays-Bas champions d'Europe en 1988, le Néerlandais avait déjà quitté temporairement la sélection après avoir mal vécu son remplacement contre l'Angleterre en 1993. Revenu treize mois plus tard avant le Mondial 1994, le Batave disputa 45 minutes contre l'Écosse, critiqua les choix tactiques de Dick Advocaat puis quitta le rassemblement à moins de trois semaines du tournoi. «C'est terminé pour moi avec l'équipe des Pays-Bas» , annonça alors celui qui a fait les beaux jours de l'AC Milan. L'épisode avait stupéfié ses partenaires et Gullit reconnaîtra plus tard regretter cette manière de partir.
Ronaldo, un peu de tout à la fois
C'est là que le cas Ronaldo devient très particulier parmi les plus grands de son sport. Comme Matthäus, le quintuple Ballon d'Or a poussé son aventure internationale très, trop loin. Comme Gullit, la diminution de son statut a provoqué un conflit avec son sélectionneur et un départ du groupe. Et comme Maradona, sa sortie éventuelle aurait cette brutalité inattendue qui tranche avec l'immensité de sa carrière. Surtout, CR7 a laissé passer plusieurs portes de sortie. Le Mondial 2022, l'Euro 2024 puis sa sixième Coupe du monde en 2026 auraient tous pu lui offrir des adieux bien plus naturels. Le Lusitanien a choisi de continuer, porté par une faim et une obsession de durer qui ont aussi construit sa légende.
À force de vouloir prolonger l'aventure, Ronaldo a aussi fini par trop tirer sur la corde. Continuer impliquait d'accepter de ne plus débuter tous les matchs, d'être remplacé, de voir un autre lui être préféré ou parfois de s'échauffer sans entrer. Un déclassement qu'il semble avoir eu du mal à accepter, comme déjà au Mondial 2022 lorsque sa mise sur le banc avait monopolisé l'attention autour du Portugal. Maradona a connu le scandale, Matthäus le tournoi de trop, Gullit la rupture, Zidane le drame. Ronaldo pourrait, lui, rester comme celui qui n'a jamais vraiment su quand s'arrêter. Après avoir passé sa carrière à repousser les limites, il en aura peut-être trouvé une qu'aucun record ne permet de contourner : le temps.
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