

Gianluigi Buffon, Lilian Thuram, Fabio Cannavaro, Pavel Nedved, Alessandro Del Piero, David Trezeguet, Zlatan Ibrahimovic... Tous ces joueurs portaient le maillot de la Juventus en 2004. Aujourd'hui, difficile de trouver autant de références dans l'effectif turinois.
Battu par le Genoa (2-0), mercredi, le club piémontais pointe à la huitième place de Serie A, avec déjà onze points de retard sur le leader. Le contraste est d'autant plus frappant que les Bianconeri ont connu des passages sans titre bien moins inquiétants que celui-ci.
Cardiff, la fin d'un cycle ?
Prenons la période allant de 1986 à 1995. Neuf années sans Scudetto, ce qui n'empêchait pas la Juventus de gagner deux Coupes de l'UEFA, en 1990 et 1993. Et pas face à des seconds couteaux. À l'époque, la C3 accueillait une partie du gratin européen, tandis que la Serie A réunissait l'AC Milan des Néerlandais, sacrés champions d'Europe en 1988, l'Inter des Allemands, sacrés champions du monde en 1990, et le Naples de Diego Maradona. La Juve n'avait donc rien d'une équipe en perdition. La preuve, elle allait disputer trois finales de Ligue des Champions entre 1996 et 1998, avec une victoire en 1996. Même après le Calciopoli, qui l'avait expédiée en Serie B en 2006, elle avait réussi à revenir. Deux septièmes places en 2010 et 2011, puis neuf titres de champion d'affilée à partir de 2012.
Le travail réalisé à cette époque mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde. Antonio Conte avait récupéré un effectif construit avec beaucoup de flair. Andrea Pirlo et Paul Pogba pour zéro euro, Arturo Vidal pour 11 M€, Claudio Marchisio formé au club. Derrière, Andrea Barzagli, Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini formaient un trio qui n'avait pas grand-chose à envier aux meilleures défenses d'Europe, avec Buffon dans le but. Carlos Tévez puis Paulo Dybala avaient complété le tableau. Sous Massimiliano Allegri, cette équipe avait atteint deux finales de Ligue des Champions, contre le FC Barcelone de la MSN (1-3) en 2015 et le Real Madrid de Zinedine Zidane (1-4) en 2017. Deux défaites, certes, mais face à deux monstres. À Cardiff, la Juve avait pris une claque. Elle avait aussi compris que son groupe arrivait au bout d'un cycle. Le problème, c'est la manière dont elle a voulu préparer le suivant.
La finale de 2017 a laissé des traces à Turin...

Le pari Ronaldo, puis la descente aux enfers
Andrea Agnelli voulait la Ligue des Champions. En 2018, il met 117 M€ sur Cristiano Ronaldo, avec un coût annuel estimé à 86 M€ une fois le salaire et l'amortissement pris en compte. Le Portugais inscrit 101 buts en 134 matchs. Pas vraiment un échec individuel. Mais la Juve, qui avait atteint deux finales en trois ans sans lui, ne retrouve jamais ce niveau. L'Ajax la sort en quarts, Lyon puis Porto en huitièmes. Le recrutement du quintuple Ballon d'Or devait faire passer le club dans une autre catégorie. Il a surtout coûté très cher à une équipe qui avait besoin de se renouveler à plusieurs postes. Giuseppe Marotta, l'un des principaux artisans des neuf Scudetti, avait d'ailleurs quitté Turin pour l'Inter quelques mois après l'arrivée de CR7. Lui qui avait fait venir Pirlo, Pogba ou Vidal à moindre coût n'était plus là pour gérer la suite.
Les finances étaient déjà tendues avant le Covid. Avec la pandémie, elles deviennent franchement mauvaises. La Juventus perd 89,7 M€ en 2019-2020, puis 209,9 M€ en 2020-2021. Les affaires de plus-values et les irrégularités comptables viennent ensuite s'ajouter au reste. En 2022, Agnelli et son conseil d'administration démissionnent. L'année suivante, le club perd dix points en Serie A et se retrouve exclu des compétitions européennes. Et pendant ce temps, les entraîneurs passent. Pirlo, Allegri, Thiago Motta, Igor Tudor, Luciano Spalletti... Cinq techniciens depuis le dernier titre en 2020, pour autant de tentatives de relance. Les comptes n'ont pas non plus retrouvé l'équilibre. Le déficit atteint encore 66 M€ en 2025-2026, neuvième exercice consécutif dans le rouge. Une augmentation de capital pouvant aller jusqu'à 250 M€ est même à l'étude. On est loin de la Juventus qui savait attirer des grands joueurs sans se ruiner.
Cristiano Ronaldo à la Juventus, mauvais calcul ?

Une grande institution devenue ordinaire
En 2024, la Juventus dépense plus de 130 M€ pour Teun Koopmeiners, Douglas Luiz et Nico Gonzalez. Trois joueurs qui n'ont pas justifié de tels investissements. Aujourd'hui, les recrues s'appellent Guglielmo Vicario, prêté par Tottenham après avoir perdu sa place, Pape Matar Sarr, également arrivé des Spurs, ou Randal Kolo Muani, toujours à la recherche de son meilleur niveau. Des joueurs loin d'être mauvais. Mais quand on a connu les arrivées de Buffon, Nedved, Patrick Vieira ou Ibrahimovic, la différence saute aux yeux. Kenan Yildiz, 21 ans seulement et out pour de nombreux mois, concentre pourtant une bonne partie des espoirs du club. Depuis 2020, la Juve d'ailleurs n'a remporté que deux Coupes d'Italie et une Supercoupe. Sixième la saison dernière, elle a encore manqué la Ligue des Champions.
La chute de la Juventus pose aussi la question de son influence sur la Nazionale. En 1982, six Turinois étaient titulaires lors de la finale du Mondial : Dino Zoff, Claudio Gentile, Antonio Cabrini, Gaetano Scirea, Marco Tardelli et Paolo Rossi. En 2006, Buffon, Cannavaro, Gianluca Zambrotta, Mauro Camoranesi et Del Piero avaient également participé au sacre. Plus récemment, Chiellini, Bonucci et Federico Chiesa faisaient partie des cadres de l'Italie championne d'Europe en 2021. Bien sûr, le lien n'est pas automatique. La Squadra Azzurra avait raté le Mondial 2018 alors que la Juve dominait encore la Serie A. Mais après trois Coupes du monde manquées de suite, en 2018, 2022 et 2026, difficile de ne pas s'interroger sur l'affaiblissement de son principal pourvoyeur historique. La pire Juventus de l'histoire ? Pas forcément. Mais une Vieille Dame aussi peu redoutée, il faut remonter loin pour en retrouver une.
La dernière Juventus avant le Calciopoli

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