

«C'est le foot, c'est magique»
Les Monégasques nous ont fait vivre une des plus belles soirées du football français mardi soir. Alors qu'après la défaite 4-2 ramenée de Santiago Bernabeu on ne donnait pas cher de la peau du leader de Ligue 1, Monaco a renversé la vapeur et fait tourner la tête du grand, du très grand Real Madrid. 3-1, un score idéal et tout à fait logique comme le soulignait l'entraîneur : «on a été décisif, on aurait pu l'être encore plus, on touche deux poteaux.» Certes comme le coach l'indiquait, cette qualification n'apporte aucun titre à Monaco, mais tout de même, éliminer le meilleur club du monde, au moins au niveau de son effectif, n'arrive pas toutes les semaines ; Deschamps saluait d'ailleurs ses joueurs qui «ont réalisé quelque chose d'exceptionnel.» Sur le plan du jeu, on soulignera l'état d'esprit irréprochable des joueurs de Didier Deschamps, jouant tous les coups à fond, à l'image d'un Giuly des grands soir, tel qu'on l'avait vu avant sa blessure hivernale. Tout aussi déterminé et déterminant, Jérôme Rothen qui a fait oublier en 90 minutes sa baisse de régime des dernières semaines. Pour expliquer la déroute de ses joueurs, Carlos Queiroz, l'entraîneur du Real considérait qu'ils «ont manqué de fraîcheur» et ont payé «la conséquence d'un match tous les trois jours depuis l'automne dernier.» Deschamps dévoilait la stratégie qu'il avait mis en place : «il fallait les bousculer un peu plus, un peu plus haut. Et à d'autres moments savoir freiner et attendre car quand ils ont la possession du ballon, on ne peut pas lutter contre ça.» Le double buteur de la soirée, Giuly mettait pour sa part en avant «un grand état d'esprit de groupe.»
Ils s'en souviendront longtemps de ce 6 avril 2004 les hommes de Didier Deschamps. Il n'y avait qu'à voir la communion des joueurs entre eux, un Jérôme Rothen à genoux sur la pelouse, un Ludovic Giuly porté en triomphe par Rodriguez. Les déclarations d'après match démontraient toute la joie de ce groupe, mesurant plus ou moins bien l'ampleur de l'exploit réalisé. «C'est magnifique, inoubliable,» s'exclamait Plasil, alors que son capitaine Ludovic Giuly renchérissait : «des moments comme ça c'est magique. (…) C'est le foot, c'est magique.» D'autres se montraient plus incrédules, comme Dado Prso : «je me prend encore la tête à deux main pour dire que je ne rêve pas» ou encore Patrice Evra : «je n'arrive pas à y croire. Je n'ai pas vraiment les mots pour exprimer ce qui se passe.» Entre incrédulité et bonheur total, la joie des hommes du Rocher fait plaisir à voir. Seul Morientes est plus mesuré, lui qui a largement contribué à l'élimination de ses anciens coéquipiers en inscrivant un but lors de chacune des rencontres : «cela me fait mal de les battre, mais je ne dois pas trop y penser. Je suis professionnel, je porte les couleurs de Monaco. Alors, je déguste.» Edouard Cissé ajoutait quant à lui malicieusement que «ce n'est pas la première fois qu'une équipe espagnole [les] sous-estime.» Il est vrai que cette performance nous rappelle l'exploit déjà énorme de passer un 8-3 à La Corogne. Du côté madrilène, on se montrait beaux joueurs, à l'image de Zinédine Zidane au micro de TF1 : «on est tous très déçu mais le meilleur a gagné. (…) Il faut féliciter les Monégasques, leur victoire est méritée.» De même, Queiroz reconnaissait la supériorité de l'ASM : «je voudrais féliciter Monaco, ils ont largement mérité leur victoire.»
Une fin de saison à quitte ou double
La suite de l'aventure en Ligue des Champions ce sont donc les demi-finales. «Personne ne nous voyait là,» rappelait Captain' Giuly, alors que «Nando» Morientes se montrait assez ambitieux : «maintenant, on y va pas à pas. Et on continue à rêver.» Espérons qu'ils vont aussi continuer de nous faire rêver. Pour cela, il faudra faire face à une autre multinationale du foot européen, Chelsea. Après la victoire sur la «bête noire» Arsenal (la première depuis cinq an et demi), l'entraîneur Claudio Ranieri se met à rêver : «pouvons nous remporter la Ligue des Champions ? Oui, tout est possible, mais chaque match est un pari.» Il souhaitait cependant ne pas «snober» son adversaire : «si Monaco a gagné c'est que c'est une bonne équipe avec un bon entraîneur, un bon préparateur physique.» Le défenseur français des Blues, William Gallas, considérait quant à lui que «Chelsea-Monaco, c'est du 50/50» . Dans la principauté, l'heure était plus à la fête qu'à la demi-finale après la victoire, comme en témoignait Cissé : «Chelsea on verra plus tard. Ce sera un gros match, une demi-finale un peu surprise.» Les Londoniens forts d'un effectif pléthorique, grâce aux investissements du président Abramovitch, auront l'avantage de la fraîcheur et seront favoris sur le papier. Le match aller sera disputé dans deux semaines, le mardi 20 avril à Monaco, et le retour le 5 mai à Londres.
L'autre fin de saison de Monaco c'est bien évidemment la lutte pour le titre de Champion de France, au coude à coude avec l'Olympique Lyonnais. Le duel promet beaucoup, puisque c'est en fait la revanche de la saison passée ou l'ASM s'est faite passée sur le fil par l'OL. Cette fois, on pourrait bien assister à un chassé-croisé, puisque Lyon avait pris la tête il y a deux journées, avant de la reperdre immédiatement. Les atouts lyonnais sont l'habitude de fins de saison exceptionnelles ainsi qu'un banc de touche bien garni et qui fait plus défaut à Monaco. Les pensionnaires du stade Louis II pourront par contre compter sur le retour de Nonda, qui ne devait pourtant retrouver sa place en équipe première que la saison prochaine. Pour sa rentrée, face à Ajaccio (3-3), il a inscrit un but et adressé une passe décisive, il semble déjà bien affûté malgré ses six mois d'absence. Pour ce qui est du calendrier respectif des deux clubs, il est difficile d'en tirer des conclusions, tant les fins de championnats réservent des surprises, les petits tentant de sauver leur peau et les gros ne lâchant rien dans la course à l'Europe. De plus, Monaco risque de donner priorité, même involontairement, à la Ligue des Champions. Prochaine étape de ce duel à distance les déplacements de Monaco à Lens et de Lyon à Strasbourg. Didier Deschamps devra remobiliser ses troupes qui risquent d'avoir du mal à se remettre de leur soirée glorieuse.
Monaco peut donc tout gagner ou tout perdre en cette fin de saison. Grâce au parcours européen et plus particulièrement à l'exploit de mardi, elle restera de toute manière dans les annales en Principauté. Souhaitons à Flavio Roma et à ses coéquipiers qu'ils puissent concrétiser d'une manière ou d'une autre leur extraordinaire parcours.