

Un dernier carré inattendu
L'équipe princière est arrivée en tête de son groupe et a donc plus récemment éliminé des «Galactiques» pourtant réputés invincibles. Et voilà qu'en regardant ce brillant parcours, on se prend dès lors à rêver. Pourquoi l'AS Monaco ne gagnerait-elle pas la Ligue des Champions ?
La question a certes de quoi faire sourire quand on se souvient que, lors des 5 précédentes éditions, aucun club français n'était arrivé à se hisser en quart de finale de la compétition (le dernier club à avoir atteint ce stade n'était autre…que l'AS Monaco en 1997/1998 ! ).
Cependant aujourd'hui, il semble difficile de désigner un favori pour savoir qui de Chelsea, de La Corogne, de Porto (peut-être le mieux armé aujourd'hui ?) ou du club de la Principauté succèdera au palmarès au Milan AC. L'élimination du tenant du titre justement après son naufrage en Galice, tout comme celle de l'ogre «Merengue» au pied du Rocher, prouve bien que l'édition 2003/2004 de la Ligue des Champions est susceptible de réserver encore quelques retournements de situation comme seuls les matchs aller/retour peuvent nous en offrir. Et il ne semble dès lors pas déraisonnable d'imaginer Ludovic Giuly, à l'Arena AufSchalke de Gelsenkirchen, soulever le 26 mai prochain le trophée tant convoité.
De belles prestations en Ligue des Champions
Le 26 mai…cette date est d'ailleurs le premier signe qui laisse présager que le meilleur pourrait bien être à venir ! C'est en effet en ce jour, onze ans plus tôt que Didier Deschamps (déjà lui !) et ses partenaires de l'OM soulevaient la Coupe d'Europe des clubs champions, offrant ainsi son premier trophée continental à la France du football (et la seule C1 gagnée jusqu'à présent).
Mais ce n'est pas uniquement sur ce symbole que doivent se fonder les espoirs des joueurs monégasques. Avant d'aborder les demi-finales, les coéquipiers de Jérôme Rothen se sont ainsi constitués au fur et à mesure de la compétition une belle carte de visite sur la scène européenne. Ces performances permettent d'ailleurs aujourd'hui à l'équipe princière d'avoir la meilleure attaque de la compétition avec 22 buts. Car c'est en effet depuis septembre dernier que les hommes de Didier Deschamps enchaînent les prouesses en Ligue des Champions. La première victoire (2-1) au Philips Stadion d'Eindhoven, dans une ambiance surchauffée, a permis aux joueurs monégasques de prendre rapidement conscience de leurs possibilités. Mais que dire de l'incroyable victoire 8 buts à 3 face à La Corogne, adversaire perdue d'un soir, qui n'avait pu s'opposer à la «vague rouge et blanc» emmenée par un Dado Prso et un Ludovic Giuly tous deux déchaînés. La récente victoire face au Real Madrid n'est venue que parachever ce que les hommes de Didier Deschamps avaient si bien su entamer.
Giuly-Morientes : les hommes clefs
Si les bonnes performances monégasques en Ligue des Champions sont avant tout à mettre au crédit du collectif, il est évident que certaines individualités se détachent aujourd'hui grâce à leur capacité à faire la décision sur un coup de génie ou une accélération. Au premier rang desquels, on retrouve bien sûr Ludovic Giuly !
Javier Irrureta avait été impressionné, ce qui est assez rare pour être souligné, par la vitesse et la vista du «lutin» lors de la double confrontation face à son équipe dans la phase de poule. On ne saurait lui donner tort ! Par sa percussion, le milieu de terrain français semble toujours capable de déstabiliser les défenses adverses, mettant sa vitesse au profit de ses coéquipiers (3 passes décisives jusqu'à présent) mais sans oublier l'essentiel : marquer. Avec ses 4 buts au compteur actuellement, dont deux superbes et inoubliables face au Real Madrid, l'international français n'est pourtant pas le meilleur monégasque dans cet exercice.
Fernando Morientes, avec ses 7 réalisations - qui font de lui actuellement le meilleur buteur de la Ligue des Champions - illumine en effet de toute sa classe les rencontres auxquelles il participe. Décisif à Moscou où il inscrivit un but au moment où son équipe semblait le plus mal en point, l'Espagnol est indiscutablement l'un des tous meilleurs attaquants dans le jeu aérien sur le vieux continent. Il a su d'ailleurs largement en faire «profiter» ses amis madrilènes en marquant à Santiago Bernabeu et au stade Louis II sur deux coups de tête revanchards qui font encore regretter le club espagnol de l'avoir laissé filer sur le Rocher à l'été dernier ! Et ce n'est pas tout ! La maîtrise technique et la capacité de l'attaquant monégasque à conserver le ballon sont, elles aussi, impressionnantes et permettent de rassurer toute l'équipe quand elle est sous pression.
On pourrait continuer longtemps la liste des joueurs monégasques qui permettent aujourd'hui à l'ASM de briller. Rothen, Evra, Squillaci, Bernardi, sans oublier Cissé ou Prso…tous, animés par un formidable esprit de groupe, semblent vouloir aller encore plus haut.
Ne pas rêver trop vite !
Le Prince Albert, lui-même, semble prêt à s'enflammer en cas de nouvel exploit des joueurs du Rocher : «on doit craindre dans le monde du football l'AS Monaco» avait-il ainsi déclaré après la victoire face aux Galactiques, soulignant cependant que «le plus dur restait à faire (…) pour être présent le 26 Mai à Gelsenkirchen pour la finale» . Le discours de certains joueurs semble lui-aussi avoir évolué, témoin d'une ambition toujours revue à la hausse. Alors que tous parlaient en coeur de remporter le championnat de France en mai prochain, ils évoquent aujourd'hui leur volonté de gagner «au moins un titre» .
L'heure n'est cependant pas au relâchement et aux douces illusions du côté des hommes de Didier Deschamps qui savent que la fin du championnat, où ils marquent une nette stagnation (11 points lors des 7 derniers matchs), et la prochaine demi-finale contre Chelsea n'auront rien d'une partie de plaisir. «On s'attend à un combat physique contre Chelsea» déclare Jérôme Rothen qui n'ignore sans doute pas que les Londoniens possèdent actuellement la meilleure défense de la Ligue des Champions (avec 5 buts encaissés seulement). La double confrontation s'avère d'autant plus délicate que Claudio Ranieri, le coach des Blues, a eu le loisir de faire tourner son effectif depuis le début de saison grâce aux investissements colossaux (plus de 150 millions d'euros investis) de son fantasque président Roman Abramovitch. C'est ainsi, rappelons-le, la fraîcheur physique qui a notamment permis aux Blues de Marcel Desailly d'éliminer les Gunners d'Arsenal d'Arsène Wenger en quart de finale il y a 10 jours. Dans ce contexte, le retour d'un homme frais comme Shabani Nonda sera un atout non négligeable pour l'AS Monaco.
Alors, suffisamment costauds les joueurs monégasques pour faire face aux courses de Damian Duff, le feu follet irlandais, ou aux lourdes frappes de Franck Lampard, meilleur buteur de Chelsea ? Les hommes de Didier Deschamps ne souffriront-ils pas de leur déficit d'expérience dans les grands rendez-vous pour aller au bout de leur formidable aventure (seuls 5 joueurs de l'effectif monégasque dont Stéphane Porato avaient disputé la Ligue des Champions avant cette saison) ?
Un sentiment semble en tout cas bien l'emporter aujourd'hui dans le coeur de tous les supporters monégasques : le sentiment que l'AS Monaco peut encore nous faire rêver… !